L’ex-monopole public de la production et de la distribution d’électricité creuse ses pertes pour respecter un accord avec l’UE. Paradoxalement, plus le prix de l’énergie augmente, plus la situation empire.

Actuellement, le consommateur salue l’intervention de l’Etat pour limiter sa facture d’électricité. Selon la Commission de régulation de l’énergie, le prix du courant serait supérieur de 44% au cours actuel. Le coût de cette politique est payé par EDF, détenue à 85% par les contribuables.

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EDF, endettée à 42 milliards d’euros, souffre aujourd’hui non pas de la stratégie de sa direction mais de la politique elle-même. «Au début 2000, la France était sans doute le seul pays au monde qui contrôlait l’ensemble de la filière nucléaire, de la recherche de l’uranium à la construction des centrales et à la distribution du courant», note Charles Gave, président de l’Institut des libertés sur son blog. Les actions de ce géant, introduites en bourse à 32 euros en 2005 ne valent plus que 8,50 euros, après la récente baisse provoquée par l’intervention du gouvernement sur les prix.

L’impact de la Commission européenne

Le problème est le fruit d’une loi européenne sur la Nouvelle organisation du marché de l’électricité (NOME) qui a conduit à la fin 2010 à la création du mécanisme de l’ Accès régulé à l’énergie nucléaire historique (ARENH), ratifié à l’époque par le gouvernement Sarkozy. A des fins de respect de la concurrence sur le marché unique, il oblige EDF à vendre le tiers de sa production nucléaire au prix coûtant à des intermédiaires. Elle est obligée de vendre à 42 euros ce qui vaut 300 euros sur le marché.

«Sans l’Europe et sans le gouvernement français, le cours de bourse d’EDF aujourd’hui devrait être à 500 euros au moins: EDF produirait à un coût de 50 euros/kWh et vendrait tous ses excédents, équivalents à 25% de sa production actuelle à 300 euros/kWh», juge Charles Gave. Hélas, à son avis, «il va falloir faire une augmentation de capital pour combler le trou de 16 milliards, qui à mon avis, sera plutôt de 25 milliards».

Et comme la demande s’est accrue, la France a dû ouvrir une centrale à gaz en Bretagne et augmenter la part venant du charbon pour satisfaire les besoins. «C’est le résultat d’une politique européenne dominée par un gouvernement allemand qui veut mettre fin au nucléaire en vertu d’une approche idéologique et non pas pragmatique», déclare au Temps Christian Semperes, ingénieur d’EDF aujourd’hui à la retraite et auteur d’un blog pour European Scientist sur ce sujet.

Une décision politique

Le contexte doit être rappelé: personne ne doute de la priorité planétaire à lutter contre le réchauffement climatique. Mais les énergies renouvelables seules ne suffisent pas, parce qu’elles sont intermittentes. Seule une combinaison des électricités nucléaire et renouvelables (hydraulique, solaire, éolienne) peut décarboner la production d’électricité.

Pour cela, la France doit imposer ses vues à l’Allemagne, donc à l’UE, et modifier l’accord ARENH. «Avec François Hollande et Emmanuel Macron, on est dans l’idéologie et on n’investit plus dans le nucléaire», note Christian Semperes. De plus, poursuit-il, «on fait le jeu du recours au gaz un puissant gaz à effet de serre et 70 fois plus émetteur de CO2 que le nucléaire. Pour ce dernier, «il faut investir dans le nucléaire parce que c’est un moyen efficace pour sortir du fossile».

Sans conditions-cadres stables et prévisibles, les acteurs économiques ne peuvent pas investir dans le nucléaire. La France a lancé la première tranche de son programme nucléaire en 1977, à Fessenheim, et la dernière tranche en 1999. En vingt-deux ans, elle a construit et démarré 58 réacteurs, soit trois par an. «Quand un gouvernement donne une vision à long terme, avec un carnet de commandes de 58 réacteurs en vingt-deux ans, les industriels (EDF, Framatome, Alstom et autres acteurs de la filière) investissent en matériel et en compétences», juge Christian Semperes.

Mesures à prendre

Les soutiens politiques du nucléaire sont peu nombreux en France. La gauche est opposée au nucléaire par idéologie. Emmanuel Macron n’a jamais été un pro-nucléaire convaincu. Il a participé à la vente d’Alstom à General Electric. Et il a placé l’anti-nucléaire Barbara Pompili au Ministère de la transition écologique. La transition climatique et la régulation des prix de l’électricité excluent tout dogmatisme et recours à l’extrémisme, de gauche comme de droite.

L’urgence consiste à s’affranchir des choix allemands, de rétablir la vérité des prix, de la traduire par un changement de l’ARENH à Bruxelles, de rétablir les conditions-cadres pour relancer l’investissement dans le nucléaire, et, pour alléger la facture des consommateurs, de réduire la TVA.

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