Éditorial

Emmanuel Macron, la politique et la violence

ÉDITORIAL. Le président français avait sous-estimé, le week-end dernier, le risque de violence urbaine. Au sommet de Bruxelles ces jeudi et vendredi, c’est à une autre violence qu’il va se retrouver confronté: celle des dirigeants communautaires hostiles à sa proposition de «renaissance européenne»

Dans le monde d’Emmanuel Macron, la raison est le meilleur allié de la «transformation» de la France. C’est au nom de la raison économique que le chef de l’Etat français défend la suppression si controversée de l’impôt sur la fortune, dont les «gilets jaunes» réclament le rétablissement au nom de la justice sociale. C’est au nom de la raison démocratique et représentative qu’il préfère discuter de la reconnaissance du vote blanc plutôt que du référendum. Ses interventions lors des débats organisés avec les élus et lors de sa rencontre lundi avec une soixantaine d’intellectuels ont toutes été marquées de cette empreinte: le «réalisme» doit l’emporter. Les Français, même révoltés, sauront in fine se montrer raisonnables.

Vu de Suisse, ce pari et cette analyse sont légitimes. Il n’est pas normal qu’un grand pays comme la France, avec tant de talents et d’atouts, reste enlisé dans la confrontation violente. Et pourtant: tout démontre qu’une partie des Français croit aux vertus de la force et de la peur pour obtenir gain de cause. Ce tempérament «révolutionnaire» est même disséqué par les historiens, qui y voient le prolongement lointain des émeutes de 1789. D’où la relative impuissance, face à ce mur de colères minoritaires et exacerbées, de la raison macronienne, perçue comme élitiste et mensongère par tous ceux que la complexité du monde et de l’Europe effraie, parce qu’elle ne fait que les déposséder.

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Intégrer cette violence est dès lors essentiel. Et pas seulement en France. Du côté de l’Europe aussi, le rapport de force brutal est l’arme préférée de dirigeants comme le Hongrois Viktor Orban ou l’Italien Matteo Salvini. Leur mépris de la «renaissance européenne» proposée par Emmanuel Macron dans sa tribune publiée le 4 mars annonce – une fois dissipé le brouillard du Brexit qui unit l’UE face au Royaume-Uni – des règlements de compte sans merci après les élections du 26 mai au Parlement de Strasbourg. Comme les éléments les plus radicaux des «gilets jaunes», les anti-Macron du Conseil européen n’ont qu’une stratégie: mettre le président français le dos au mur dans l’espoir de lui faire lâcher prise.

L’urgence, pour Emmanuel Macron, est par conséquent de trouver des alliés pour desserrer l’étau. En France, miser sur une approche sécuritaire ne suffira pas. Le président français devra créer des ponts, comme le proposent Nicolas Hulot et le syndicaliste Laurent Berger avec leur «pacte contre le dérèglement climatique et pour améliorer la vie des citoyens». Idem au sein de l’UE, où le président français doit consolider la digue franco-allemande, malgré la sévère remontrance que lui a adressée la présidente de la CDU, Annegret Kramp-Karrenbauer. Les saccages sur les Champs-Elysées sont un avertissement. Plus il demeure isolé, plus Emmanuel Macron galvanise les ultras qui le combattent.

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