D’abord l’essentiel, à savoir le résultat des urnes. Reconduit dimanche pour un second mandat présidentiel avec environ 58% des voix face à Marine Le Pen, Emmanuel Macron, 44 ans, a réalisé une incontestable performance politique dans un pays fracturé par les colères et secoué, comme beaucoup de démocraties occidentales, par un fort vent de «dégagisme». Performance: ce mot ne doit pas être galvaudé. Nicolas Sarkozy avait, rappelons-le, échoué à se faire réélire en 2012. Tandis que François Hollande avait, le 1er décembre 2016, dû renoncer à se représenter. Remporter un second mandat aurait été impossible pour Emmanuel Macron s’il n’avait pas, depuis mai 2017, convaincu un solide socle de Français.

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Certes, la balance des sondages pesait nettementdepuis plusieurs jours en faveur du chef de l’Etat sortant, crédité dans les enquêtes d’opinion d’une meilleure connaissance des dossiers, d’une plus grande crédibilité économique, et d’un leadership international indispensable dans le contexte de la guerre en Ukraine et de l’affrontement géopolitique en cours entre l’Union européenne et la Russie de Vladimir Poutine. Le débat télévisé du 20 avril, sans faire bouger les lignes, avait confirmé l’écart existant entre les deux finalistes de cette présidentielle. Mais encore fallait-il que les électeurs, dans l’isoloir, donnent au locataire de l’Elysée un mandat clair pour son second quinquennat. Or c’est aujourd’hui chose faite. La candidate du Rassemblement national, distancée de plus de dix points, n’a pas réussi à mettre en danger celui qui l’avait déjà battue en 2017.

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Cette victoire inédite d’un président sortant prouve que, malgré ses blessures politiques profondes, illustrées par la montée des radicalités au premier tour, la République française n’est pas à terre. Même s’il a sans conteste largement bénéficié d’un vote par défaut, avant tout destiné à faire barrage à l’extrême droite, Emmanuel Macron a aussi été élu pour sa vision pro-européenne du pays, et pour la confiance qu’il a choisi d’afficher en l’avenir, tandis que son adversaire, elle, promettait d’opter pour un repli nationaliste dans tous les domaines. C’est une France ouverte, résolue à affronter le monde aux côtés de ses partenaires occidentaux, qui est sortie des urnes.

Cette France ouverte ne sera bien sûr pas de tout repos. Tous ceux qui ont rendu possible la victoire de Macron sans adhérer à ses idées – voire en les combattant sans relâche – se battront à nouveau dans les urnes en vue des élections législatives des 12 et 19 juin. Tous ceux qui ont choisi de s’abstenir ou de voter blanc – ils étaient 28% dimanche, un record – continueront de réclamer d’autres modes de représentation, tant la verticalité de la Ve République française, si présidentielle, apparaît en 2022 en décalage avec les aspirations des jeunes générations. Les 42% d’électeurs, enfin, qui ont accordé dimanche leurs suffrages à Marine Le Pen réclameront à juste titre leur dû démocratique et l’écoute que leur inquiétude mérite, dans ce pays si inquiet de l’accroissement des inégalités et de l’affaissement de ses services publics. Ce second quinquennat, avant même de démarrer, s’annonce donc comme un redoutable chantier. Ce refus du repli exige, maintenant, de regarder la France en face.

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