Ce n’est plus un fossé. C’est un précipice. Cinq ans après son accession à l’Elysée en mai 2017, vainqueur face à Marine Le Pen avec 66,1% des voix, Emmanuel Macron est perçu de façon radicalement différente à l’étranger et dans son propre pays. En France, où les sondages lui donnent aujourd’hui une confortable avance sur ses adversaires avec environ 31% des intentions de vote au premier tour le 10 avril, ce jeune chef d’Etat de 44 ans reste perçu par une large partie des électeurs comme «le président des riches» et de ceux qui réussissent.

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La crise des Gilets jaunes durant l’hiver 2018-2019 a, de ce point de vue, laissé des traces fatales. Les violences des manifestations et celles de la police ont alors défiguré la France. Le «grand débat» qui a suivi, avec son lot de monologues-marathons dont le candidat Macron semble vouloir s’inspirer pour sa campagne, n’a pas cicatrisé les plaies. Impossible, pour ce vieux pays conservateur, centralisé et accoutumé aux largesses de l’Etat providence, de se rêver sans transition en «start-up nation» mondialisée, multiculturelle et numérique. D’autant que le «quoi qu’il en coûte budgétaire» inauguré durant la pandémie et relancé par la guerre en Ukraine a noyé les promesses de transformations dans un déluge de subventions.

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Le volontarisme macronien n’a en revanche pas échappé à ceux qui, depuis l’étranger proche ou lointain, observe ce président qui aime prendre des risques, y compris lorsque cela lui vaut d’être giflé par un concitoyen. Hors des frontières françaises, sa connaissance des dossiers, sa stature, sa réactivité et surtout son engagement européen sans faille face aux assauts des populistes et des nationalismes lui valent une réelle estime. Et ce, malgré l’écueil de sa jeunesse, ses imprudences diplomatiques, les problèmes rencontrés au Sahel, l’échec de sa médiation au Liban ou l’incapacité à convaincre Vladimir Poutine de renoncer à la guerre et à la barbarie.

Emmanuel Macron préside une France fracturée, abîmée et socialement blessée dont l’Union européenne et ses partenaires les plus proches, comme la Suisse, ont impérativement besoin pour trouver le chemin d’une souveraineté assumée et efficace, entre l’allié américain crucial, la Russie et la Chine. Son bilan, vu par les Français et taillé en pièces par ses adversaires, décidera en priorité de son sort électoral. Mais à l’heure du choix, l’avenir du pays ne peut pas se conjuguer avec la seule avalanche des colères domestiques. Ce débat-là, sur la France de demain et sa place dans le monde, doit aussi trouver place dans les urnes.

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