éditorial

Emmanuel Macron doit transformer son quinquennat

ÉDITORIAL. Le président français dispose, avec les résultats du «grand débat» et les revendications des «gilets jaunes», d’éléments tangibles pour le faire. L’heure est venue d’agir, via des annonces compréhensibles par tous et mises en œuvre sans tarder

Ni le «grand débat national» ni le mouvement des «gilets jaunes» n’ont une valeur de représentativité absolue. Dans les deux cas, une partie des Français se sont exprimés. Alors qu’Emmanuel Macron va annoncer une série de décisions, le pire consisterait à opposer les uns aux autres. Les fractures de cet «archipel» qu’est la France, mises en évidence par les discussions, les contributions en ligne, les cahiers de doléances et les manifestations chaque samedi exigent au contraire une écoute sans a priori, doublée d’une volonté d’y répondre.

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Plus que trois ans…

Cette clarification faite, le chef de l’Etat a devant lui une échéance claire: la fin de sa présidence. Il aura bientôt bouclé deux années à l’Elysée. Il lui en reste trois, avec deux échéances électorales: les élections européennes du 26 mai prochain et les municipales de mars 2020. Le tournant constitué par ses annonces se présente dès lors comme un fusil à un coup. Après s’être mis copieusement en scène à coups de rencontres marathons en forme de campagne électorale, Emmanuel Macron doit décider, trancher, et redéfinir pour de bon l’agenda de la seconde partie de son mandat. En ayant bien conscience du fait que la colère de la rue demeure. Et que les braises sociales attisées par son attitude «jupitérienne», perçue comme trop éloignée des réalités et trop favorable aux catégories les plus aisées, continuent de rougeoyer.

… et trois conditions qui s’imposent

Pour y parvenir, trois conditions s’imposent, après un rappel des contraintes économiques: la simplicité des mesures annoncées, leur mise en place rapide et leur articulation au service d’un «donnant, donnant» solidaire, écologique et compatible avec les contraintes des territoires. Aux décisions «libératoires» de pouvoir d’achat, sous forme d’allègements fiscaux ou de coups de pouce aux retraites modestes, doit s’ajouter, par exemple, une liberté de manœuvre accrue pour les collectivités locales dans les réponses à apporter en matière de services de proximité. Sans compter la prise en compte de la demande d’un contrôle citoyen digne de ce nom sur l’Etat et ses dépenses.

S’il veut encore «transformer» la France, Emmanuel Macron doit, en ce printemps 2019, faire ce qu’il a refusé de faire jusque-là: transformer son quinquennat.

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