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Emmanuel Macron mardi, lors du discours de Ouagadougou.
© Philippe Wojazer/Reuters

Revue de presse

Emmanuel Macron est venu à Ouagadougou, «il a parlé, et après?»

Les médias africains demeurent assez sceptiques après le discours fleuve du président français, jugé démagogique et empreint de «condescendance»

L’amphithéâtre de l’Université Ouaga I Pr Joseph Ki-Zerbo était bondé, mardi. Huit cents étudiants du Burkina Faso occupaient les lieux, impatients de débattre avec le président français, Emmanuel Macron, qui y a tenu un discours de deux heures, appelant les Africains à résoudre eux-mêmes leurs problèmes. Ce, juste avant que ne s’ouvre ce mercredi en Côte d'Ivoire le cinquième sommet Union européenne (UE)-Union africaine (UA), qui se penchera principalement sur les questions d’immigration et de sécurité, avec l’ambition de donner un meilleur avenir à la jeunesse africaine.

Lire aussi: Face à l’Europe, les doutes de la jeunesse africaine

«Assumer le passé, en sortir et se tourner vers l’avenir», titre le site Burkina24.com, pour résumer le propos macronien, tenu sur un ton résolument post-colonial et qu’analyse dans tous ses détails Jeune Afrique. Cela n’empêche pas, pour le président burkinabé, Roch Marc Christian Kaboré, d’affirmer que «la France est toujours la bienvenue en Afrique», comme le montre sa photo de bannière sur son compte Twitter:

Bienvenue, certes, «malgré les manifestations qu’il a été donné d’observer en marge de son adresse à la jeunesse», à cette génération africaine «désabusée par la France», selon l’entretien que le directeur de publication du site d’information burkinabé Wakatsera.com a donné à Courrier international. «Veni vidi vici. Proclamée en l’an 47 avant J.-C., par l’empereur romain Jules César, cette déclaration peut être clamée haut et fort par le chef des Gaulois, qui, par moments», a tout de même «fait exploser l’applaudimètre».

Son «pré carré»

«Ces manifestations, pour le chef de l’Etat, sont du fait que l’Afrique, lorsqu’on y arrive, est traversée par un certain nombre de pensées politiques. Cela représente à ses yeux le caractère démocratique d’un pays où il est permis aux citoyens dans le respect de la légalité de pouvoir donner leurs points de vue, leurs avis, sur ce qu’ils pensent être les relations entre le Burkina Faso et la France.» Ce qui «n’est pas une nouveauté», ajoute le président Kaboré. N’empêche, pour ces manifestants, indique le site d’info Lefaso.net, le président français vient simplement «pour s’assurer que son pré carré se porte bien, il vient se rassurer que les entreprises françaises se portent très bien. C’est tout!»

Wakatsera.com avait prévenu, le «premier des Français» allait débarquer dans une véritable «république des insurgés», où les nerfs sont restés à vif depuis l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 qui ont conduit au changement de régime de Blaise Compaoré, vieux de 27 ans et soutenu par la France. «Les esprits bouillants et les bras fougueux qui ont porté ce «printemps burkinabé» n’ont pas encore désarmé, et les dieux de la protestation et de la contestation n’ont pas abandonné la patrie de Thomas Sankara», le père de la révolution.

A ce sujet: retrouvez la revue de presse du 27 mai 2015 «La vérité» sur la mort de Sankara? Le Burkina Faso retient son souffle

La bévue sur la clim'

Aujourd’hui plus que jamais, son nom «est mis en avant par les meneurs du front anti-France qui font monter le mercure de la protestation et multiplient les déclarations, conférences de presse et appels à la mobilisation contre la visite du chef de l’Etat français.» Et le jour où celui-ci parle à Ouaga, il commet LA bévue dont toute la presse parle, à propos d’une climatisation défectueuse:

D’ailleurs, le titre du Pays, journal réputé indépendant du pouvoir politique et qui est le plus populaire du Burkina, proche de l’opposition et spécialiste des éditoriaux au vitriol selon Courrier International, est déjà très explicite en soi: «Il est venu, il a parlé, et après?» Le quotidien retient principalement une symbolique forte: «Malgré le climat tendu et l’hostilité ambiante qu’il a été donné de constater, Emmanuel Macron n’a pas craint d’aller livrer son message dans le foyer incandescent de la contestation qu’est le milieu estudiantin, même si l’on sait que le dispositif sécuritaire en dissuadait plus d’un et que, comme le requièrent les circonstances, les interventions ont été minutieusement préparées pour ne pas froisser notre hôte.»

Une France «paternaliste»

Dans le détail, «au-delà de la beauté des mots et de l’éloquence de l’orateur du jour, […] le scepticisme est grand quand on sait que les prédécesseurs de Macron se sont tous illustrés par des discours du genre, mais qui, au finish, n’ont rien changé dans les relations entre la France et l’Afrique. A titre d’exemple, depuis Jacques Chirac, tous les présidents ont annoncé la mort de la Françafrique qui, pourtant, leur a à tous survécu. C’est donc dire combien est grande la crainte de voir les déclarations d’intention mourir dans de lointains échos. […] Ce dont le continent africain a besoin aujourd’hui, ce n’est pas que l’on fasse l’histoire à sa place, mais que la France rééquilibre véritablement ses relations qui restent empreintes de paternalisme, voire parfois de condescendance.»

En Guinée, pour le site Ledjely.com, Emmanuel Macron a été «plutôt convaincant». Mais il le serait «davantage s’il venait à concrétiser certains des engagements qu’il a pris […]. On souhaiterait en particulier que sa promesse d’aider à la moralisation des entreprises françaises évoluant sur le continent africain ne soit pas qu’une simple astuce visant à dénoncer celles, chinoises, qui leur ravissent des marchés juteux. De même, quand on a aussi courageusement dénoncé la colonisation, on ne peut continuer à regarder les anciennes colonies de haut. Du coup, du temps d’Emmanuel Macron, les rapports entre la France et le continent africain doivent être effectivement débarrassés de certaines scories du passé.»

Des lectures antagonistes

Pour le site Gabonreview.com, très critique en ce qui concerne le domaine du développement économique et des milieux affairistes du continent, «le président français a choisi de s’exposer aux regards croisés de trois générations d’Africains. Il a aussi pris le pari de soumettre son projet pour l’Afrique à des lectures antagonistes du passé, du présent et de l’avenir. Mais, il aurait intérêt à considérer l’économie sous l’angle de la gouvernance démocratique.»

Et Ledjely.com de poursuivre: «Ainsi, on peut imaginer que la doléance récurrente de l’UA quant à la gestion des crises africaines, par des troupes du continent, sera un peu plus défendue au sein des instances internationales. Dans la même logique, la gestion de la crise migratoire devrait désormais relever d’une approche plus concertée de manière à prendre en compte le point de vue des pays africains, d’où partent les migrants. Enfin, pour demeurer fidèle à la logique selon laquelle il s’est davantage adressé à la jeunesse du continent africain, Emmanuel Macron, à l’image de Donald Trump, doit démontrer qu’il est réceptif à la clameur sourde qui monte des entrailles de l’Afrique contre le phénomène du pouvoir à vie.»

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