Opinions

Emploi: le test allemand. Par Thierry Meyer

Parmi les rares propositions concrètes avancées par le candidat Schröder dans la campagne qui vient de le voir terrasser Helmut Kohl, la mise sur pied d'un pacte pour l'emploi apparaît comme un élément décisif. La montée du chômage à 4,3 millions de personnes, soit près de 11% de la population active, fait figure de préoccupation majeure pour les Allemands, et Kohl a fait les frais de son incapacité à affronter ce fléau.

Nos voisins d'outre-Rhin ont majoritairement le sentiment que les sociaux-démocrates sauront mieux s'atteler à une relance de l'emploi; ils y croient d'autant plus volontiers que Gerhard Schröder a parrainé l'introduction de la semaine de quatre jours chez Volkswagen, essai fructueux de réduction du temps de travail pour conserver des milliers d'emplois.

Pour le nouveau gouvernement qui s'annonce rose-vert, tout reste cependant à inventer. Car autant Tony Blair a pu s'appuyer sur une économie flexibilisée sans nuances par des années de thatchérisme, pour donner à sa «troisième voie» les couleurs d'un ultralibéralisme adouci, et Lionel Jospin peut compter sur le jacobinisme français pour imposer tel le prince la semaine des 35 heures financée par l'Etat, autant le nouveau chancelier devra composer avec une tradition de consensus social très forte, une présence pesante des syndicats et l'attitude méfiante d'un patronat malgré tout plus à l'aise avec la droite – même après l'usure de seize ans de pouvoir. Les Suisses observeront attentivement le pari engagé par Schröder: l'impact économique réel de l'Allemagne et son influence de modèle ne sont plus à démontrer.

Comment libérer l'économie allemande du carcan réglementaire qui souvent l'empêche de progresser, sans risquer une précarisation de l'emploi peu en rapport avec la philosophie sécuritaire qui prévaut de Hambourg à Munich? Comment relancer la consommation et les dépenses sociales en allégeant la fiscalité, alors que d'une part la croissance qui doit être le moteur de cette politique va inéluctablement subir le contrecoup de la crise financière mondiale, et que d'autre part les Verts seront intransigeants envers l'introduction et l'application de l'imposition écologique? Comment favoriser le redéploiement économique à l'Est alors que l'investissement menace de se replier? Et comment contenir ces efforts de lutte contre le chômage dans la marge très étroite que laisse le budget? L'Allemagne, qui réclamera une nouvelle fois une baisse de sa quote-part au financement de l'Union européenne, ne pourra pas se laisser aller à quitter le droit chemin imposé par l'euro.

De ces questions délicates naîtront soit des réponses forcément originales, car la situation particulière de l'Allemagne ne peut se contenter de formules toutes faites, soit des tensions majeures au sein de la coalition rose-verte. L'évolution de l'économie mondiale ne laissera que peu de temps à Gerhard Schröder pour trouver le bon rythme.

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