Le Parti républicain (GOP) aux Etats-Unis a produit de grands hommes d’Etat qui ont su défendre les intérêts du pays. Dans un passé pas si lointain, le sénateur républicain Richard Lugar avait établi, avec le démocrate Sam Nunn, un axe bipartisan remarquable. Même le père de la révolution conservatrice Ronald Reagan avait été, en 1982, capable de compromis avec le démocrate Tip O’Neill pour augmenter les impôts.

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La sévère défaite subie mardi par l’ultraconservatrice Liz Cheney face à une candidate trumpiste lors d’une primaire dans le Wyoming, le prouve: l’époque d’un Grand Vieux Parti œuvrant en acteur démocratique responsable est révolue. L’élue du Wyoming, qui a voté dans 93% des cas pour les positions de Trump, estime que l’attaque du Capitole ainsi que le «grand mensonge» au sujet de l’élection volée de Joe Biden en 2020 sont une ligne rouge. Avec courage, seule face à la meute trumpiste, elle a défendu l’Etat de droit et refusé la dérive autoritaire de l’ex-président et de ses acolytes.

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Depuis que Donald Trump en a pris le contrôle en 2016, le Parti républicain a abandonné les principes démocratiques auxquels il était attaché. En ne cherchant pas à neutraliser le poison trumpien qui coule dans les veines de la démocratie américaine, les républicains ont fait preuve d’une couardise et d’un court-termisme coupables. Ils acceptent de facto une politique de la terre brûlée qui mine la société états-unienne. Les menaces de mort proférées contre des agents du FBI après la perquisition du domicile de Trump tout comme la tentative de coup d’Etat en 2021 lors de l’attaque du Capitole illustrent la déliquescence du dialogue politique. A l’impossibilité de communiquer s’est substitué un terrorisme intérieur pouvant générer de graves violences à l’approche des élections de mi-mandat et de la présidentielle de 2024.

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Dans un système bipartite comme celui des Etats-Unis, la dérive sectaire d’une des deux composantes, le GOP, ne pouvait qu’aboutir à une grave crise politique. Cela ne veut pas dire que le Parti démocrate n’a pas sa part de responsabilité. Misant surtout sur une politique identitaire pour séduire les minorités, embourgeoisé, il a perdu de vue les priorités qui auraient dû être les siennes: les besoins de la population. Mais jamais n’a-t-il abandonné la défense de la démocratie et Joe Biden présente un bilan législatif qui n’a pas de précédent depuis Lyndon Johnson.

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L’avilissement du Parti républicain a ses origines. Le jusqu’au-boutisme du président de la Chambre des représentants Newt Gingrich dès 1994 puis la désastreuse présidence de George W. Bush ont entamé le déclin. L’irruption en 2009 du Tea Party a accéléré la transformation du parti avant que Trump ne le forge à son image pour le pire. Le GOP peut-il revenir à la raison? C’est la grande question. Le trumpisme même sans Trump est là pour durer. Et les initiatives pour créer un troisième parti demeurent pour l’heure très velléitaires.

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