Il aura fallu la triple pression d'une association d'usagers, du Syndicat des services publics et des médias pour que l'abcès dont souffrait le secteur de l'hébergement médico-social dans le canton de Vaud crève enfin. Depuis plusieurs mois, on assiste à un véritable assainissement de ce vaste domaine d'activités aux contours flous, où des acteurs privés ont profité des faiblesses de l'Etat.

Les dérapages avérés, que se soit dans l'exploitation ou dans la gestion d'un EMS, restent le fait d'une minorité de directeurs malintentionnés. C'est à souligner au moment où l'effet de répétition qui accompagne la révélation publique de scandales financiers ou médicaux peut donner l'impression que tout un secteur est pourri. C'est bien sûr loin d'être le cas, et il faut rendre hommage à tous les responsables d'EMS et tous les soignants qui accomplissent quotidiennement un travail physiquement et moralement pénible, dans le respect de leurs patients.

Mais que cela n'empêche pas de s'interroger sur la gravité des dérapages constatés et sur les conditions qui les ont favorisés. L'Etat subventionnait un réseau privé de lieux d'hébergement et de soins des personnes âgées sans disposer de moyens de contrôle efficaces. Les règles du partenariat désavantageaient le payeur, le Canton. Or cette évidence ne s'est imposée que lorsque les comptes ont viré au rouge et qu'il a fallu se soucier d'allouer au mieux chaque sou.

Les EMS constitués en sociétés simples à but lucratif sont désormais dans le collimateur de l'Etat. Il est vrai que la plupart des scandales ont concerné cette catégorie d'établissements. Mais des exemples contraires existent aussi. Des fondations à but non-lucratifs sont connues pour leur gestion déficiente et la mauvaise qualité de leurs prestations. Avant d'interdire à la hâte des formes particulières d'entreprises, un débat doit s'ouvrir afin de déterminer quel est l'intérêt majeur du contribuable et du patient.

Reste que la tardive réaction des autorités vaudoises est réjouissante. Le déballage dans le domaine des EMS est possible parce que deux lois ont enfin été modifiées, créant les conditions d'investigation qui ont trop longtemps fait défaut. Le système de financement a été corrigé pour responsabiliser les établissements. La publicité faite aux abus - aujourd'hui dans les EMS et hier dans les subsides de l'aide sociale - s'inscrit dans un effort de transparence. A l'aube d'une nouvelle législature marquée par un changement de majorité et une large redistribution des cartes entre magistrats, on a le sentiment d'assister à un nettoyage de printemps, avec ses côtés rafraîchissant et stimulant. Après dix-huit mois de tensions exacerbées et de climat irrespirable au sommet de l'Etat, le contraste est saisissant.

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