La persistance de la violence armée entrave le développement humain. Même là où le conflit a pris fin, comme en Sierra Leone, la plupart des jeunes n'ont guère de moyens de gagner leur vie et finissent par subsister de crimes et de rapine - en se servant souvent d'ailleurs des armes héritées du conflit. Cette insécurité rive un grand nombre de pays au bas de l'échelle du développement humain, privant les populations des services de base et de l'aide au développement.

Au sommet mondial de l'année dernière, les chefs d'Etat et de gouvernement ont fini par admettre le lien de dépendance et de renforcement mutuel entre sécurité et développement. Notre rôle de donateurs ne peut donc plus se limiter à verser l'aide financière au développement, nous devons aussi faire en sorte qu'elle soit efficace et durable. Pratiquement, cela veut dire s'attaquer aux outils de la violence - notamment les armes légères - et aux causes sous-jacentes de sa reprise, comme le chômage. C'est pourquoi des gouvernements partageant ces vues et des organismes intervenant dans le développement se sont mis à soutenir des programmes ambitieux de prévention des conflits et de restauration de la paix, ainsi que des projets de lutte contre la prolifération des armes légères. La Suisse s'associe activement à la lutte contre le commerce illicite des armes légères, car elle y voit un moyen d'améliorer la sécurité humaine. Elle a récemment consacré un effort intense à la préparation d'un accord international sur le marquage et le traçage de ces armes; l'adoption de ce texte par les membres des Nations unies, en décembre dernier, a constitué un succès notable et un précédent. Les normes internationales de ce type contribuent puissamment à enrayer l'impact des armes légères sur le développement.

Les stratégies de soutien au désarmement des communautés et de collectes d'armes fondées sur la remise volontaire jouent aussi un rôle important dans la restauration de la sécurité après un conflit, en préparant le terrain pour le développement authentique. Au Liberia, plus de 103 000 vétérans ont ainsi été désarmés, plus de 40 000 ont bénéficié d'une formation scolaire ou professionnelle, parfois même d'un soutien psychologique, dans l'ensemble du pays, dans le cadre d'un programme conjoint d'agences des Nations unies et d'autres organisations.

Mais la lutte contre la violence armée bute sur des obstacles nombreux et complexes, au premier rang desquels la prolifération des armes légères dans le monde entier. On en dénombre plus de six cents millions en circulation aujourd'hui; les groupes rebelles, les chefs de guerre, les unités paramilitaires et les bandes armées n'ont guère de mal à s'en procurer, et elles ont tôt fait de transformer des enfants et des adolescents en tueurs. Stopper les flux illicites d'armes légères et récupérer les surplus dans les zones exposées à la violence aident à améliorer la sécurité et à préparer la voie au développement économique et humain durable. Mais cela nécessite un engagement renouvelé, et des ressources.

Or ces actions très délicates se déroulent fréquemment sur toile de fond de vide gouvernemental, de corruption généralisée, d'effondrement de l'Etat de droit. Les efforts doivent donc porter sur les auteurs autant que sur les survivants de la violence, et tenir compte de son impact différent sur les hommes et les femmes. Dans un tel contexte, il faut mener de front les réformes institutionnelles, la promotion de la gouvernance démocratique et la mise en place d'un cadre juridique solide.

Le gouvernement suisse et le Programme des Nations unies pour le développement accueillent demain à Genève un sommet ministériel de sensibilisation générale au lien entre violence armée et développement. La rencontre devrait déboucher sur l'adoption de la Déclaration de Genève sur la violence armée et le développement, qui contiendra des engagements fermes, visant à empêcher la violence armée d'entraver le développement à long terme.

Les gouvernements signataires s'engageront à faire leur possible pour réduire de façon mesurable l'impact global de la violence armée et améliorer sensiblement la sécurité humaine dans le monde. Ils intégreront des programmes de lutte contre la violence dans leurs stratégies et leurs programmes nationaux, régionaux et multilatéraux de développement, et soutiendront les mesures concrètes s'attaquant aux causes de la violence armée. Plus important encore, ils veilleront à ce que les actions menées par les communautés elles-mêmes pour lutter contre la violence armée comportent un volet emploi ouvrant à des individus ou à des groupes la possibilité, assortie d'incitations économiques, de renoncer à la violence.

La tâche est immense, mais pas insurmontable. Dans deux ans, les gouvernements signataires se réuniront pour examiner les actions entreprises et les progrès accomplis sur le terrain. Nous espérons - comptons bien, même - que d'ici là, ils seront plus nombreux à avoir adopté des approches intégrées de résorption de la violence armée et de son impact sur le développement humain. Car ce n'est qu'ainsi que le développement pourra profondément s'enraciner, de façon durable.

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