Analyse

Energie: le parcours brillant de l’élève suédois

Depuis quelques années, les rapports de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) consacrés au bilan des politiques nationales sont rarement encourageants. Peu de pays parviennent aux objectifs climatiques et énergétiques qu’ils se fixent. L’un d’eux fait exception et de manière spectaculaire, la Suède

Depuis quelques années, les rapports de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) consacrés au bilan des politiques nationales sont rarement encourageants. Peu de pays parviennent aux objectifs climatiques et énergétiques qu’ils se fixent. L’un d’eux fait exception et de manière spectaculaire, la Suède. Le royaume va dépasser, avec une marge confortable souligne l’agence, ses engagements pris lors de la signature du Traité de Kyoto. Et, surtout, ce pays de 9,5 millions d’habitants est en bonne voie de réaliser son pari: renoncer totalement, à partir de 2050, au monde des énergies fossiles! En 2030, son parc de véhicules devrait être électrique ou converti aux biocarburants de 2e et de 3e génération.

La Suède est d’autant plus intéressante à observer qu’elle se situe dans le peloton de tête des pays fortement industrialisés, exportateurs et tournés vers les nouvelles technologies. Servie par une nature généreuse, elle produit déjà 38% de son énergie à partir des renouvelables (bois, biomasse, hydraulique, éolien) contre une moyenne de 8% en Europe. En matière électrique, elle se trouve dans une situation comparable à la Suisse; le nucléaire assure 41% de sa consommation; les deux tiers restants provenant, pour l’essentiel, de ses barrages. Le chemin parcouru par la Suède est le fruit d’efforts entrepris au lendemain du premier choc pétrolier. Dans les années 70, près de 75% de son énergie reposaient sur les agents fossiles, contre 27% aujourd’hui. Ce virage spectaculaire, unique à cette échelle, est le résultat d’une politique volontariste et d’une fiscalité écologique que l’on peut qualifier d’agressives. Les Suédois paient depuis très longtemps de fortes taxes sur le CO2; les municipalités ont mis en place des politiques de valorisation systématique des déchets; l’industrie, y compris lourde, est incitée à améliorer ses processus en partenariat avec des groupes de recherche publics et privés.

A l’inverse de la Suisse, la Suède n’a pas tourné le dos au nucléaire. Le pays est revenu en arrière, après avoir décidé d’un moratoire. L’AIE note cependant que l’avenir du nucléaire y demeure très incertain. La loi suédoise interdit toute forme de subvention à une énergie dont on sait qu’elle ne peut rivaliser avec le développement du gaz naturel et sans doute résister demain à la concurrence de l’éolien marin.

En 2012, le royaume a franchi un pas supplémentaire. Il a élargi son soutien aux énergies vertes à la Norvège, créant ainsi le premier marché transnational des renouvelables. Selon le mécanisme mis en place, chaque producteur norvégien et suédois d’électricité renouvelable reçoit du gestionnaire national du réseau de transport un certificat vert par MWh produit, qu’il vend ensuite sur le marché commun. La loi impose (chiffres 2012) à tous les consommateurs d’électricité d’acheter des certificats verts à hauteur de 3% de leur consommation en Norvège (équivalant à 0,12 ct/kWh) et de 17,9% en Suède (0,7 ct/kWh, équivalant à 470 millions d’euros de subventions pour la filière des énergies renouvelables suédoise). Ce mécanisme qui est assez comparable au système suisse de la RPC a toutefois l’avantage de créer un marché dynamique et de récompenser les filières qui parviennent à abaisser le plus fortement leurs coûts. Et, surtout, un marché étendu permet de mieux valoriser les atouts propres à chaque pays. En fait, les deux pays nordiques ont lancé les bases d’une économie des renouvelables libéralisée mais finement régulée afin de laisser aux producteurs le soin de choisir le type de filière à développer en priorité. Cette gouvernance se double en Suède d’un souci tout particulier porté aux consommateurs. La Suède a généralisé le développement des compteurs et réseaux intelligents (Smart Grid) qui permettent aux consommateurs et producteurs de mieux surveiller la consommation ou de produire en ayant l’assurance d’obtenir un prix intéressant. Ces équipements sont d’autant plus nécessaires que la Suède et la Norvège ont l’intention de créer un marché commun de l’électricité en 2015, couvrant grands et petits consommateurs. Pour l’AIE, une telle initiative va stimuler l’innovation industrielle et donner aux consommateurs un plus grand pouvoir de négociation.

Bien évidemment, la politique suédoise a un prix. Dans son rapport, l’AIE ne mentionne aucun effet négatif sur l’industrie suédoise qui a été, en partie, exonérée des efforts. Le gros du soutien aux énergies renouvelables a été supporté par les ménages, qui paient environ 30% de taxes sur leur facture, contre 10% en moyenne en Suisse. Comparativement, le prix du kWh pour le ménage suédois est proche de son équivalent suisse, mais plus faible pour l’industrie. Enfin, si les ménages suédois paient très cher leur essence, ils n’utilisent pratiquement plus de mazout pour se chauffer, combustible détrôné par le développement spectaculaire des réseaux de chauffage à distance et la généralisation des centrales alimentées au bois ou aux déchets.

Le tableau d’excellence de la Suède serait incomplet si l’on ne mentionnait pas l’effort du pays dans les fonds consacrés à la recherche et au développement. Du double de la moyenne des pays membre de l’AIE, la R&D suédoise a fortement augmenté depuis 2009, surpassant la Suisse, qui fut très longtemps un bon élève avant de relâcher ses efforts. Selon l’AIE, grâce à ses efforts, aux fonds alloués aux installations de démonstration, la Suède est devenue un pionnier dans de nombreux domaines, en particulier dans le développement des énergies de réseau, les réseaux intelligents, l’éolien et les biocarburants. En résumé, la Suède a pris une bonne vingtaine d’années d’avance sur les objectifs et sur les politiques développées en Europe, Suisse comprise, tout en restant un pays très compétitif.

A l’inverse de la Suisse, la Suède n’a pas tourné le dos au nucléaire. Le pays est revenu en arrière, après avoir décidé d’un moratoire

Publicité