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Energie: la Suisse en quête de visionnaires

OPINION. Les politiciens suisses ancrés dans un dogme libéral du siècle passé se contentent de voir les plus belles entreprises cleantechs et leurs emplois trouver refuge à l’étranger, écrit notre chroniqueur Laurent Horvath. Il est temps de réagir

Les énergies et le réchauffement climatique modifient la géopolitique mondiale ainsi que les rapports de force. Certains pays prennent en main leur destin et imposent de nouvelles règles du jeu afin d’accaparer le savoir-faire des énergies du futur, de transférer un maximum d’emplois et d’assurer la sécurité énergétique nationale. Le libéralisme béant des années 2000 cède sa place à un protectionnisme pragmatique. Stratégiquement, l’énergie repose sur deux concepts: «chacun pour soi» et celui qui la possède gouverne le monde. Cette agilité et capacité d’adaptation auraient pu émerger des pays les plus petits. C’est tout le contraire. Les grandes nations énergivores sont passées à la vitesse supérieure et imposent leurs règles pour protéger leur avenir.

L’accès aux énergies est un prérequis aux ambitions chinoises afin de devenir la plus grande puissance mondiale d’ici à 2049. Pékin a capitalisé sur la naïveté et la cupidité des Occidentaux pour effectuer un transfert technologique total dans le solaire, l’éolien, le nucléaire et l’hydrogène. Aujourd’hui, la Chine impose une disruption avec les voitures électriques. Qu’importe si ces véhicules n’ont qu’un impact limité sur le climat, l’objectif est de s’auto-transférer des centaines de milliers d’emplois en contrôlant toute la chaîne de valeur. Avec vingt ans de retard, l’Inde vit le même film que la Chine. Avec plus de 1,4 milliard d’habitants, le pays devient un ogre énergétique et la pollution extrême de ses villes oblige le gouvernement à acquérir en Occident des technologies renouvelables. Sa sécurité nationale exige de créer des emplois et de réduire sa dépendance aux énergies fossiles, d’autant que 80% de son pétrole et 40% de son gaz proviennent de pays en difficulté. Une rupture de livraisons serait socialement et politiquement explosive.