La conjonction d’une pandémie et d’un krach pétrolier est le cocktail idéal pour faire vaciller nos certitudes, surtout que le design de notre économie a été entièrement construit sur une utilisation intensive des énergies. Dis-moi combien de pétrole tu consommes et je te dirai ton PIB. Le monde ne va certainement pas se transformer radicalement, mais les crépitements des changements pourraient se précipiter. En moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, foudroyés par le virus, les piliers qui supportaient l’économie se sont affaissés. La baisse de la demande pétrolière est si importante que la préoccupation principale est de trouver des lieux afin de stocker plus de 4 milliards de litres inutilisés par jour.

Les banques centrales peuvent bien continuer à injecter des sommes astronomiques dans le système, un grain de sable structurel s’est inséré dans la machine. En attaquant le pétrole de schiste américain, la Russie pose indirectement une question: est-ce que le monde peut se passer, ne serait-ce qu’une partie, de ces 9,5 millions de barils par jour? En d’autres termes, est-il possible de vivre tout aussi bien avec moins de pétrole? De manière factuelle, il ne reste plus que 12 pays dans le monde qui assurent avoir les capacités d’augmenter leur production alors que 25 ont atteint leur pic. Depuis quatre ans, la quasi-totalité de la croissance pétrolière s’est effectuée grâce au schiste des Etats-Unis et aux sables bitumineux du Canada. Si le schiste s’étouffe, l’économie mondiale va tousser.