Les Américains

Des enfants amérindiens écartelés

Aux Etats-Unis, certaines règles censées favoriser les peuples autochtones mènent à des situations juridiques complexes, raconte notre chroniqueuse. Et rouvrent de douloureuses plaies

C'est l'histoire d'un petit garçon plein de vie aux cheveux très noirs. Ses parents adoptifs l'ont appelé Zachary. Zachary a un père Cherokee et une mère Navajo. Il a été adopté par un couple de Blancs, du Texas. Comme le raconte très bien le New York Times, il est au coeur d'une bataille judiciaire, emblématique de la situation des Amérindiens aux Etats-Unis. Ses parents adoptifs se battent pour le garder et adopter sa demi-soeur, alors que des Navajos invoquent le Indian Child Welfare Act de 1978, qui stipule que lorsqu'un enfant amérindien est placé en adoption, la priorité devrait aller aux membres de sa tribu. Pour préserver son identité culturelle.

Jusqu'à la Cour suprême?

L'affaire pourrait aller jusqu'à la Cour suprême. A travers le cas de Zachary et de sa soeur, ce sont les 573 tribus reconnues par le gouvernement fédéral américain qui tremblent. Car la loi de 1978 avait précisément but d'empêcher une triste pratique: le retrait d'enfants amérindiens à leurs parents, pour les placer dans des écoles de missionnaires et familles adoptives blanches. De vieux démons remontent à la surface. Rien qu'entre 1958 et 1967, près de 400 enfants amérindiens auraient été retirés à leur famille.

Dans cette affaire, les parents texans ont gagné une première bataille: le Indian Child Welfare Act a été déclaré anticonstitutionnel, notamment parce qu'il est basé sur la race. Les Brackeen, souligne le journal, se battent désormais pour la demi-soeur, testée positive aux méthamphétamines à la naissance, comme sa mère biologique.

Combat inégal

Le combat paraît inégal. D'un côté, un couple aisé avec deux enfants biologiques, deux chiens, une maison avec piscine, de l'autre, une mère toxicomane, pauvre, à qui huit enfants ont été retirés. Les Brackeen, des évangéliques, affirment avoir été guidés par Dieu sur le chemin de l'adoption. Celle de Zachary (son deuxième prénom en fait, pour préserver son identité) a été compliquée: pendant les six premiers mois, ses grands-parents cherokees venaient lui rendre visite et le couple de Texans n'avait aucun droit sur lui. Puis, alors que la mère biologique elle-même semblait être d'accord pour l'adoption, des travailleurs sociaux amérindiens ont dégoté un couple au Nouveau-Mexique prêt à l'accueillir. Finalement, le couple d'Amérindiens a dû renoncer et l'adoption a pu se faire. Aujourd'hui, si les Brackeen se sont lancés dans une bataille judiciaire, c'est pour éviter que cela arrive à d'autres, disent-ils. 

Un véritable casse-tête juridique. La demi-soeur de Zachary, qui a tout de suite été placée, n'a jamais vécu dans une famille amérindienne. Sa mère a quitté la réserve. La loi de 1978 a-t-elle donc des raisons de s'appliquer à elle, alors que des proches de sa mère la demandent au sein de la tribu? En vertu de l'intérêt supérieur de l'enfant, les législations non tribales du Texas devraient-elles primer? Un tribunal a rendu une première décision. Il a tranché sans vraiment trancher: les Brackeen et la tribu doivent se partager la garde de l'enfant, avec priorité au couple blanc. La petite soeur devra notamment passer des vacances dans la réserve. Les Texans redoutent cette situation: comment vont-ils s'arranger avec leurs «adversaires»? Cette affaire semble être bien partie pour durer. Triste. 

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