La vie à 25 ans

Les enfants des années 90, les derniers des nostalgiques

OPINION. Alors que sort un album de reprises de tubes «nineties», notre chroniqueuse souligne à quel point sa génération est friande de clins d’œil à cette décennie. Un spleen cyclique, mais qui pourrait bien être radicalement bouleversé

«Donne-moi ton cœur, baby, ton corps, baby yeah.» Si vous avez 25 ans, vous aurez reconnu le refrain de Femme Like U – et, pas de bol, il vous trottera dans la tête toute la journée. Excusez mon rire démoniaque.

C’était en 2004. Le chanteur K-Maro explosait les hit-parades avec ce single RnB pétri de poésie («Et puis j’sais pas qu’est-ce qui s’passe/T’as ce regard dans la face»). Si je rappelle cette perle à votre souvenir, c’est pour fêter la récente sortie de l’album Back dans les bacs: une compilation de tubes de la fin des nineties revisités par plusieurs artistes francophones. Avec, vous l’aurez deviné, une reprise de Femme Like U signée Cœur de Pirate. Le groupe Madame Monsieur s’est quant à lui emparé de La Boulette de Diam’s et Arielle Dombasle (!) joue les Spice Girls…

Lavigne au spinning

De la nostalgie en boîte, quoi. «Miam», se disent les millennials, avides de se remémorer leurs soirées boums et les classements du Hit Machine. Syndrome classique: une fois adulte, une génération aura toujours tendance à se réfugier dans un passé évoquant l’insouciance. Selon les sociologues, ce phénomène de rétroviseur se reproduit tous les vingt ans – Grease, qui célébrait en 1978 la fin des années 50, en est l’exemple parfait.

Il était donc temps que les kids des nineties sortent leur album souvenir… et ça n’a pas raté. Entre ceux qui portent des bananes, ceux qui transpirent sur du Ricky Martin au cours de spinning et ceux qui dévorent le spin-off de Charmed – sans oublier les stars de l’époque qui orchestrent leur come-back, Backstreet Boys en tête… Notre génération souffre d’un cas aigu de rétromania.

Unique décennie

Pourquoi? Pour certains, nous serions terrorisés face à nos nouvelles responsabilités. Ou alors l’instabilité actuelle favoriserait ce retour en arrière – mais ce serait oublier la guerre en Irak ou la canicule de 2003. Plutôt, je crois que notre génération s’est construite dans une décennie particulière: la dernière sans internet, ou presque.

Nos idoles, nous les guettions dans les mêmes magazines, dévorions les mêmes émissions, les mêmes CD en boucle. Avant YouTube et le streaming, l’accès à la culture était plus confidentiel, ses consommateurs plus investis et les modes incontournables – de quoi former de solides références communes. Depuis, le web a accéléré et individualisé nos «pop-métabolismes» mais, paradoxalement, facilite plus que jamais le partage de la mémoire des nineties. Selon cette théorie, nous serions donc les derniers grands nostalgiques…

On peut s’en moquer, mais s’en attrister aussi. Car le flashback ne représente pas qu’une échappatoire. C’est aussi la célébration de ce qui nous rassemble, ainsi qu’un formidable booster d’humeur. Fredonnez du K-Maro, tiens, vous verrez bien.


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