Les prétextes mis en avant par la Suisse tombent les uns après les autres. Il serait trop dangereux d’aller chercher les djihadistes suisses, et leurs enfants, détenus depuis des années dans les camps kurdes du nord de la Syrie? Cette semaine encore, l’Allemagne et le Danemark ont procédé au rapatriement de 11 femmes et d’une quarantaine d’enfants. Ces pays s’ajoutent ainsi à la Finlande ou à la Suède – pour rester dans le périmètre européen – qui ont fini par se résoudre à l’idée que les dangers de garder leurs ressortissants sur place étaient bien supérieurs à ceux que représenterait leur retour.

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D’autres mythes s’étaient déjà évaporés, comme celui qui veut que les djihadistes doivent être jugés près des lieux où ils ont commis leurs possibles méfaits, plutôt qu’en Suisse. Cela ne se fera pas, du moins à vues humaines. Ni les Kurdes syriens ni l’Irak n’établiront de sitôt un éventuel tribunal international dans ce but.

«Au cas par cas»

La pression s’accroît sur les autorités fédérales. Faute d’hygiène ou de soins appropriés, des centaines d’enfants meurent dans ces camps où s’entassent des dizaines de milliers de personnes. Des experts internationaux sont montés aux barricades pour dénoncer l’attitude de Berne. Et il est probable que la Cour européenne des droits de l’homme, saisie du dossier, donne bientôt tort à la France qui a adopté une politique similaire à celle de la Suisse: oui au rapatriement des enfants, mais non à celui de leurs mères. Une position à ce point intenable qu’on rechigne le plus souvent à l’expliciter publiquement, lui préférant la formule spécieuse du «rapatriement au cas par cas». Rappelons au passage que ces mères n’ont pas été jugées et que leur degré de culpabilité dans les rangs djihadistes n’est pas établi. Les obliger à se séparer de leurs enfants dans ces conditions relève de tout, sauf du droit.

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La Suisse a cru peut-être pouvoir se sortir d’affaire en maniant l’arme de la déchéance de nationalité pour les parents double-nationaux. Las! Ce retrait du passeport ne fait que rendre une séparation plus impensable encore, tant les mères peuvent redouter, à juste titre, qu’elles ne reverront plus leurs enfants une fois ceux-ci repartis en Suisse.

Le Conseil fédéral, du moins officiellement, s’en tient au principe intangible de la protection de «la sécurité de la population suisse». En sous-main, pourtant, d’autres pistes sont explorées, qui seraient moins inhumaines pour les mères tout en permettant de garder les apparences sauves. Mais ces solutions tardent à se concrétiser, bien que les enfants ainsi retenus se comptent désormais sur les doigts d’une main. Chaque jour qui passe est un jour de trop. Et il s’agit de dissiper l’impression que des calculs électoralistes pourraient expliquer ce retard dans la mise en place d’une solution qui concilierait la sécurité du pays avec la sortie de l’enfer pour cette petite poignée d’enfants suisses.