Revue de presse

Des enfants victimes des sécessionnistes anglophones au Cameroun

De récents rapts d’élèves anglophones semblent devoir être imputés aux milices sécessionnistes révoltées par la discrimination en faveur des francophones qui détiennent les clés de l’Etat et de ses lois. Le président Biya en tête, qui vient d’être réélu pour un septième mandat

Cette semaine, des élèves d’une même école ont été enlevés puis libérés en cinq jours au Cameroun, au cours de deux rapts distincts. Des actions sans précédent dans ce pays où les régions anglophones sont en proie à un conflit armé depuis une année. Plus précisément, il s’agit de 79 élèves de la Presbyterian Secondary School Nkwen, à Bamenda (région du Nord-Ouest), et d’un membre de leur encadrement, qui ont été libérés ce mercredi, après quarante-huit heures de captivité. Deux autres adultes sont cependant toujours retenus. La méthode rappelle celle de Boko Haram, les islamistes radicaux du Nigeria voisin.

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Mais «l’identité des ravisseurs et les circonstances exactes» de la libération de ces enfants restent entourées de singulières «zones d’ombre, explique Jeune Afrique. Ils ont été retrouvés à Bafut, à une vingtaine de kilomètres de leur école.» D’après le témoignage d’un parent d’élève, les ravisseurs sont arrivés au petit matin du lundi 5 novembre. «Ils ont saccagé les dortoirs pour extraire les pensionnaires.» Puis «les otages se seraient déplacés à pied, sous la surveillance vigilante de leurs ravisseurs». Dans cette vidéo obtenue par l’Agence France Presse et relayée par Euronews, onze garçons d’une quinzaine d’années sont apparus mardi, déclarant leur identité et indiquant avoir été enlevés:

Mais plus tard, les ravisseurs «ont été contraints» d’abandonner ces enfants, «dans l’impossibilité de poursuivre leur fuite après un arrêté du gouverneur de la région du Nord-Ouest interdisant toute circulation entre les différents départements de la région» depuis l’annonce des kidnappings, indique Radio France internationale. «Les ravisseurs se sont ainsi retrouvés coincés. Ils n’auraient eu d’autre choix que de foncer dans la nature, laissant sur place leurs bien encombrants otages

Les assaillants avaient déjà «procédé de la même manière lors d’un précédent rapt», le mercredi 31 octobre. «Une rançon avait d’ailleurs été payée pour la libération de ces élèves, selon des sources internes de l’Eglise presbytérienne: 2,5 millions de francs CFA avaient été versés aux kidnappeurs», soit l’équivalent de plus de 4300 francs, ce qui représente une fortune au Cameroun. Dans le cas des 79 élèves libérés mercredi, aucune somme d’argent n’a en revanche été exigée.

Pris au piège

Selon l’armée et les officiels camerounais, il n’y a aucun doute: ces prises d’otages sont «l’œuvre des milices sécessionnistes, auteurs de plusieurs attaques armées dans la région depuis le début de la crise anglophone» qui dure depuis bientôt deux ans au Cameroun. Ces «affrontements entre l’armée camerounaise et les rebelles» ont déjà fait plus de 400 morts parmi les civils, «et des milliers d’autres ont été contraints à l’exode», explique la RTS:

Et Le Journal du Cameroun de préciser: lors de sa prestation de serment mardi, le président Paul Biya, 85 ans, trente-six ans à la tête du pays et récemment réélu pour un septième mandat (!) sur fond de violences et de manœuvres «d’intimidation des électeurs», dit la BBC, a «lancé un appel aux sécessionnistes en leur demandant de déposer les armes». En cessant d’instrumentaliser d’innocentes victimes de ce conflit.

Ces derniers sont révoltés par la sous-représentation des anglophones dans les jurys des concours d’entrée aux grandes écoles, dans les ministères et dans le gouvernement. L’anglais – pourtant langue officielle au même titre que le français – n’est pas toujours employé dans les examens d’Etat et les documents publics ni par les fonctionnaires qui se rendent dans les régions anglophones. Bref, la marginalisation des anglophones pose un grand problème au Cameroun, et il est à craindre que la situation ne dégénère encore dans ce pays doté d’un pouvoir de plus en plus despotique.

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