En début de semaine, pour la première fois depuis dix ans, un sondage plaçait le Parti social-démocrate allemand (SPD) devant l’Union chrétienne-démocrate (CDU). Angela Merkel a-t-elle enfin trouvé un rival à sa hauteur en la personne de Martin Schulz? Depuis qu’il a pris la tête du SPD, l’ancien président du Parlement européen a bousculé les équilibres politiques faisant gagner dix points à la gauche (31%). Alors que la chancelière allemande, après douze ans de règne semblait assurée d’un quatrième mandat lors des élections de septembre prochain, l’irruption de «Mr Europe» remet tout à plat. Et c’est une bonne nouvelle.

Besoin d’alternative pour l’Allemagne

Une bonne nouvelle pour l’Allemagne d’abord qui menaçait de sombrer dans une forme de léthargie politique avec la domination d’une chancelière qui a écarté toutes les têtes qui dépassaient dans son propre camp et anesthésié l’opposition. La grande coalition formée en 2013 avec la gauche a parfaitement servi ses ambitions, les mesures sociales arrachées par son partenaire étant plébiscitées par une majorité d’Allemands sans que le SPD en retire un bénéfice. Le risque était toutefois que l’alliance des deux grands partis, qui a si bien servi l’Allemagne, se transforme en une fabrique de consensus mou profitant à l’émergence de partis extrémistes.

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C’est d’ailleurs ce qui est en train de se passer avec la montée en puissance de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), un parti de droite nationaliste. Cette formation née d’un rejet de l’euro pour ensuite prospérer avec le rejet des étrangers engrange les voix à la droite de la CDU/CSU et à la gauche du SPD. La seule façon de stopper l’essor de ce mouvement populiste est de rétablir un rapport de force gauche-droite avec plus de clarté. C’est ce que promet de faire Martin Schulz, un homme situé à la gauche du SPD qui veut séduire un électorat populaire et les classes moyennes en faisant de la lutte contre les inégalités sa priorité.

Besoin de flexibilité pour l’Europe

C’est également une bonne nouvelle pour l’Europe. Voilà une décennie que l’Allemagne s’est imposée en tant que pilote de l’UE du simple fait de son poids économique. Berlin dicte le la, davantage du fait de l’affaiblissement de ses partenaires – à commencer par la France – que par une volonté d’hégémonie. Il en résulte malheureusement un agenda européen trop calqué sur les préoccupations des Allemands.

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Ainsi en va-t-il de la politique économique du continent. L’austérité imposée par la chancelière a peut-être permis de stabiliser la zone euro en lui évitant le pire au moment où les marchés menaçaient les pays les plus fragilisés. L’entêtement des dirigeants allemands à maintenir ce cap – ils ne sont certes pas les seuls au nord de l’Europe – est désormais l’une des principales sources de frustration des pays du sud. Il nourrit l’euroscepticisme. Depuis Bruxelles, où il a effectué l’essentiel de sa carrière politique, Martin Schulz a été l’un des ténors européens ayant fustigé la rigueur de Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des Finances. Le nouveau leader du SPD promet plus de flexibilité. L’Europe en a aujourd’hui besoin.

Le mandat de trop

Martin Schulz a encore un long chemin à parcourir pour espérer décrocher la chancellerie. S’il est aujourd’hui plus populaire qu’Angela Merkel, son parti, le SPD, aura bien de la peine à s’imposer sans la formation d’une nouvelle coalition. Mais les jeux sont à nouveau ouverts. Après douze ans de règne, sans doute un quatrième mandat serait-il celui de trop pour Angela Merkel et l’Allemagne. Avec Martin Schulz, les Allemands ont aujourd’hui une vraie alternative. C’est le meilleur rempart au populisme.

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