Examiner toutes les options, poursuivre les réformes internes, adapter de façon «autonome» en permanence nos lois, observer à la loupe comment l'Union européenne (UE) évolue et, si besoin est, commander de nouvelles études. Tel est, en substance, le programme européen du gouvernement et du parlement jusqu'à la prochaine législature – c'est-à-dire jusqu'en 2003 au moins. Le Conseil fédéral pourrait alors décider entre 2003 et 2007 d'engager (ou pas) des négociations d'adhésion avec l'UE.

Quel programme enthousiasmant pour la Suisse, notre patrie, dont l'Europe est, qu'on le veuille ou non, l'avenir!

Oui, les temps sont mûrs pour engager des négociations d'adhésion avec l'UE. Pour au moins trois bonnes raisons:

1. Dans l'UE, le débat bat son plein sur le caractère insuffisamment démocratique de ses institutions. Le projet d'une Constitution européenne est lancé. Dans ce contexte, la Suisse veut-elle, fièrement, faire valoir son expérience du fédéralisme, de la démocratie directe et du respect des minorités ou les garder jalousement pour elle?

2. Les pays de l'Est sont en train de négocier leur adhésion. Quand les «plus avancés» d'entre eux adhéreront, la Suisse sera (si l'on suit le rythme proposé par le Conseil fédéral) encore à se demander si le moment est venu d'engager des négociations.

3. Les accords bilatéraux indiquent la voie à suivre: grâce aux mesures d'accompagnement – qui ont fait l'objet d'un vaste débat dans la population – deux gros obstacles sur la voie de l'adhésion ont déjà pu être levés: celui de la libre circulation des personnes et celui des transports terrestres à travers les Alpes.

Alors suivons cette voie. Car un oui des citoyens et des citoyennes à l'UE sera déterminé finalement par la capacité des milieux politiques et économiques à trouver les mesures d'accompagnement à quelques gros obstacles (TVA, euro, agriculture, droits populaires pour mentionner les plus importants) qui se dressent sur le chemin de l'adhésion. Mais cela n'est possible que si le gouvernement engage des négociations d'adhésion. Autrement, toute discussion sur l'UE n'aura pas lieu ou restera purement académique et virtuelle.

Le Conseil fédéral croit-il pouvoir atteindre plus facilement son but d'adhésion en continuant en douceur à réformer lois et institutions dans un sens eurocompatible, à faire tomber les obstacles patiemment un à un? Croit-il gagner plus facilement une votation populaire (qui aura lieu de toute façon) par une méthode qui reporte le débat sur l'UE à un avenir indéterminé? Et puis, une telle démarche est-elle digne de la Suisse, dont la démocratie participative est censée figurer au faîte sur le piédestal des valeurs?

La Confédération des syndicats chrétiens de Suisse (CSC) approuve l'initiative «Oui à l'Europe!» car le moment, on l'a vu, est venu de débattre démocratiquement de l'adhésion. S'il faut, certes, continuer à rendre nos institutions et nos lois compatibles avec l'UE, il faut surtout maintenant commencer à débattre avec la population des problèmes que peut représenter une adhésion et montrer qu'il est possible de trouver des réponses sur le plan de la politique intérieure. Par exemple, sur le sujet de la fiscalité: pourquoi ne pas reverser aux cantons les plus de 10 milliards de francs, qui seront issus d'une hausse de la TVA à 15%, dans le but qu'ils rétrocèdent aux bas et moyens revenus cet argent par une baisse des impôts cantonaux et communaux.

Il est aussi faux de prétendre qu'une adhésion nous obligerait à avaler sans sourciller tout l'acquis communautaire, que nous n'aurions aucune marge de manœuvre. Si besoin est, rappelons que, dans le cadre des accords bilatéraux, l'accord sur la libre circulation des personnes donne aux Suisses la libre circulation complète dans l'UE deux ans après son entrée en vigueur. La Suisse pourra, elle, maintenir, sous certaines conditions, pendant quinze ans des limitations à la libre circulation des ressortissants de l'UE. Et puis, la Suisse figurera même en bonne position de négociation: en étant un contributeur net, elle sera naturellement mieux placée pour obtenir certaines concessions importantes dans la perspective d'une votation populaire, qu'un pays pour qui l'UE représente en particulier une source d'argent bienvenue!

De façon générale, on doit aussi constater qu'une adhésion de la Suisse à l'UE est dans l'intérêt des travailleurs. La politique sociale est plus développée dans l'UE qu'en Suisse. Les travailleurs gagneraient d'une adhésion à l'UE un congé parental de trois mois, des prestations d'assurance de maternité de 14 semaines au moins. Ceux ou celles qui travaillent à temps partiel seraient traités de façon égale aux travailleurs à temps plein. Ainsi plus de discriminations dans la caisse de pension! Les travailleurs suisses pourraient aussi mieux défendre leurs droits dans les entreprises multinationales car, comme leurs collègues européens, ils bénéficieraient d'un droit à l'information et à la consultation dans ces entreprises. A une époque où l'économie se joue toujours plus des frontières nationales, ce droit de constituer des comités d'entreprises européens permet aux travailleurs européens de mieux défendre leurs emplois, leurs salaires et leurs conditions de travail au niveau local. Quant à l'emploi, il est sans doute hasardeux de prétendre qu'une adhésion en créerait davantage qu'en cas de statu quo. Il n'empêche: une adhésion permettrait à l'économie suisse de bénéficier de tous les avantages du marché intérieur de l'UE. On aurait ainsi au moins toutes les cartes en main pour garantir au mieux la prospérité future.

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