Les échecs diplomatiques laissent toujours des traces. Lorsque la conférence de Durban sur le racisme de 2001 s’est fourvoyée en un déchaînement d’accusations, notamment contre Israël mais pas seulement, elle a semé une mauvaise graine qui, huit ans plus tard, provoque l’inappétence des pays du Nord pour ce genre d’exercice.

Vendredi soir pourtant, les ambassadeurs européens auprès du Haut-Commissariat aux droits de l’homme fêtaient leur succès: ils avaient négocié avec fermeté le texte de la déclaration finale de cette deuxième conférence de suivi et leur fermeté avait payé. Ils avaient pu rayer la plupart des mots qui fâchent (sur le sionisme, sur l’islam, sur la Palestine…). L’accord, croyait-on alors, était fait.

Sauf qu’un accord n’est rien sans son contexte. Et les hésitations qui se sont multipliées ce week-end dans les capitales sur l’opportunité de venir à Genève montrent que, pour beaucoup d’Etats occidentaux, cet accord ne vaut pas le moindre sacrifice de politique intérieure.

Pour Barack Obama, à quoi bon risquer l’inimitié de l’électorat pro-israélien par la présence américaine à cette conférence, alors que son absence ne le privera sans doute pas de l’amitié de l’électorat noir? Pour la France, quel bénéfice politique ou d’image à risquer de fâcher la communauté juive ou la communauté musulmane, les deux plus importantes dans un pays européen? Pour l’Italie, aller au-devant de possibles accusations sur l’accueil des réfugiés de la mer, quand il est si indolore de l’éviter? Les Pays-Bas, le Danemark, l’Allemagne, tous ont des raisons de préférer l’absence à la présence. Dans le calcul «qu’est-ce que je perds à y être et qu’est-ce que je perds à ne pas y être?», le résultat est hélas défavorable à la conférence. La diatribe anti-israélienne du président iranien, qui a déjà commencé hier par voie de télévision, fournit les meilleures excuse s aux récalcitrants.

La conférence s’ouvre ce matin de toute façon. Mais il y manque la force d’un enjeu réel capable de bousculer les petites chicaneries intérieures.

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