Mon mari a été enlevé il y a un an, et le régime laotien reste muet

Treize mois après la disparition forcée de Sombath Somphone, le 15 décembre 2012, le Parlement européen a voté une seconde résolution appelant le gouvernement laotien à «clarifier les progrès de l’enquête sur le lieu où se trouve Sombath Somphone pour répondre aux nombreuses questions autour de sa disparition, et à requérir et accepter l’assistance des experts étrangers dans le domaine de la médecine légale et de l’enquête policière». L’UE a réitéré que le «manque de réaction de la part du gouvernement laotien suscitait des soupçons de ce que les autorités pourraient être impliquées dans son enlèvement».

Cette seconde résolution de l’UE a été précédée par d’innombrables appels privés et publics des gouvernements et de leurs représentants dans la région et à travers la planète, ainsi que de communiqués d’organisations internationales, d’organisations pour le développement, de groupements de la société civile et d’universitaires pressant les autorités laotiennes de s’efforcer de retrouver Sombath et le rendre sain et sauf à sa famille. Il y a eu aussi nombre d’articles et d’éditoriaux dans les médias régionaux et internationaux sur le cas de Sombath.

Mais au jour d’aujourd’hui, cette myriade d’efforts n’a abouti à aucun résultat. Il n’y a encore aucune information sur le lieu où se trouve Sombath ni aucun détail substantiel sur les progrès de l’enquête.

Malgré la gratitude que j’éprouve pour tous ces efforts, je ne peux m’empêcher de penser que les autorités laotiennes vont balayer d’un revers de main cette dernière résolution européenne, comme elles l’ont fait pour tous les autres appels. Le gouvernement laotien peut continuer à ignorer les pressions internationales parce que son inaction a entraîné peu de conséquences concrètes. Les propos vigoureux n’ont pas été suivis d’actions vigoureuses, et les affaires se poursuivent plus ou moins comme à l’habitude.

Il est très décevant que ces interventions publiques et privées au nom de Sombath n’ont rien donné. Tout au plus remarque-t-on une légère irritation des ­officiels laotiens quand des dignitaires étrangers évoquent la question de sa disparition. Mais toutes ces interventions ont pu être balayées par la réponse standard: «Nous n’avons encore rien trouvé, mais les autorités concernées continuent à faire de leur mieux pour enquêter sur cette affaire.»

Pas un seul mot de la presse internationale, des organisations ou des gouvernements étrangers sur le cas de Sombath Somphone n’a été repris dans les médias laotiens. Il semble qu’il y ait une intention «d’effacer» le nom de Sombath et son existence de la conscience collective à l’intérieur du pays. Au sein des milieux officiels laotiens, personne ne veut entendre son nom, personne ne veut s’entendre rappeler sa disparition, et personne n’ose parler de lui ouvertement.

Néanmoins, et bien que je sois terriblement affectée et découragée par le manque de résultats concrets à ce jour, je continue à croire que le silence se rompra un jour. De plus en plus de Laotiens qui m’évitaient dans le passé m’ont exprimé discrètement leur sympathie quant au manque de nouvelles sur Sombath.

La culture lao est douce et non violente, et les Laotiens apprennent dès leur plus jeune âge à être généreux et à avoir de la compassion. Je crois donc qu’il y a encore beaucoup de personnes sincères au sein des agences de sécurité et des organes de décision du gouvernement laotien et du parti – des gens qui connaissent Sombath et son travail ou qui ont travaillé de manière étroite avec lui dans le passé. Je crois qu’il y en a parmi eux qui comprennent les dégâts causés dans leur pays par le manque de réponses crédibles sur le cas de Sombath. Qu’ils comprennent combien les communiqués officiels de la police sonnent creux et sont dépourvus de toute crédibilité tant aux yeux des étrangers qu’à ceux de leurs compatriotes.

Je crois qu’à un certain moment, quelqu’un ou un groupe au sein des organes de décision sera suffisamment sage et courageux pour comprendre que continuer à cacher les informations sur le cas de Sombath est improductif et n’aboutit qu’à miner la dignité et la crédibilité de l’appareil de sécurité et du leadership laotiens.

Cela est particulièrement vrai alors que le Laos exprime son aspiration à jouer un plus grand rôle dans de nombreuses arènes internationales et régionales, comme au sein de l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (Asean), du Conseil des Nations unies pour les droits de l’homme et d’autres organisations des Nations unies. Le Laos souhaite montrer au monde qu’il est prêt à sortir du cercle des pays les moins avancés, non seulement en termes de croissance économique, mais aussi en ce qui concerne les standards de bonne gouvernance et d’Etat de droit.

Ces aspirations sont positives pour le Laos en tant que nation et que peuple. C’est pour cela que je crois que le leadership réalisera que cela ne vaut tout simplement pas le coup de laisser le cas irrésolu de Sombath Somphone continuer à affecter son prestige international et décidera de mettre fin à cette impasse. A ce moment-là, ils trouveront des moyens de révéler de manière ouverte et calme les faits sur ce cas ou accepteront une aide internationale pour conduire une enquête transparente.

Quand cela interviendra, je suis sûre que la communauté diplomatique et tous les groupes concernés pousseront un soupir de soulagement et que le Laos pourra non seulement regagner le respect et la confiance, mais sera aussi récompensé de nombreuses autres manières tangibles ou intangibles.

Sûrement, cela serait dans le meilleur intérêt du pays.

Et quand cela se passera, ma famille et moi pourrons mettre un terme à notre agonie quotidienne et reconstruire nos vies brisées.

Je peux seulement espérer qu’un tel bon sens prévaudra le plus tôt possible. Mais jusqu’à ce que ce moment arrive, il est nécessaire que la pression de la communauté internationale se poursuive pour obtenir des réponses et qu’elle considère des actions plus concrètes pour Sombath.

Epouse de Sombath Somphone, militant laotien des droits de l’homme

La culture lao est douce et non violente: je crois donc qu’il y a des personnes sincères au gouvernement

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