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Clare O'Dea au Livre sur les quais, à Morges, en septembre dernier.
© Clareodea.com

Revue de presse

Ennuyeuse, la Suisse? Une Irlandaise tente de démonter l’affreux cliché

«The Naked Swiss», le livre de Clare O’Dea, Fribourgeoise naturalisée depuis peu, tente de faire le tri parmi des stéréotypes qui ont la vie dure. Il en ressort une Helvétie bien plus «cool» qu’elle n’en a l’air

Elle avait «l’impression que la Suisse [était] parfois mal comprise», la journaliste irlandaise Clare O’Dea, ex de Swissinfo.ch et de l’Irish Times. Alors, installée dans ce pays depuis quinze ans et maintenant naturalisée à Fribourg, elle publie tout prochainement La Suisse mise à nu, traduction française de The Naked Swiss. A Nation Behind 10 Myths. Un essai où elle se livre à «un examen minutieux des clichés positifs comme négatifs» sur ce pays «pour en brosser un portrait subtilement contrasté», comme le dit cette semaine Migros Magazine (MM), média auquel elle s’est longuement confiée:

Naturalisée, donc. Un processus qui l’a marquée et qui vient de faire les gros titres avec l’affaire du couple Scanio à Nyon. Il faut dire que selon Clare O’Dea, il y a de quoi! Elle a «en tout cas trouvé difficile, dit-elle, l’interview pour la naturalisation, c’était beaucoup trop personnel, beaucoup de questions n’étaient pas du tout pertinentes, avec le sentiment de devoir mettre toute sa vie sur la table. Ce qui se cache derrière tout ce processus, ce n’est pas d’examiner si vous remplissez les conditions, mais mettre de la pression sur les gens, montrer les muscles de l’Etat, dire que si vous voulez vraiment venir dans notre club, vous devez montrer que vous le méritez.»

Voilà, voilà. Mais ce livre, la Dublinoise d’origine l’a écrit autant «pour répondre à la mauvaise réputation que la Suisse peut avoir à l’étranger» que pour lui dire «qu’elle n’est pas si parfaite qu’elle s’imagine»: «Les stéréotypes qui existent sont souvent ou trop négatifs ou trop positifs. D’un côté, j’avais l’impression que la Suisse est mal comprise, surtout dans le monde anglophone.» Mais, en même temps, elle ne voulait pas seulement «défendre» ce pays ou en faire le panégyrique: «J’ai essayé de montrer les caractères des Suisses, montrer la diversité et la complexité du pays.»

Car elle «est souvent trop parfaite pour être vraie», l’Helvétie, comme l’observe Clare O’Dea dans ce livre «sur les rouages ​​du pays» que le Financial Times – repris par Swissinfo.ch – a trouvé «divertissant» lors de sa sortie en anglais. Elle constitue «un modèle pour le reste du monde» avec «sa richesse, sa compétitivité économique, son niveau de vie, ses infrastructures de transport et ses paysages de montagne». Mais il y a plus important pour le FT: il faut «comprendre» ce pays qui, malgré tous ses défauts «en cette période de bouleversements», représente «un phare de stabilité politique».

Pour les «populistes» de l’UDC, il incarne même «une idylle»: «Une économie non européenne prospère qui s’appuie sur la démocratie directe.» Grâce à ses «banquiers véreux» ou «s’accommodant du nazisme»? Ça aussi, l’auteure le dément pour MM: «S’agissant de la guerre, il faut montrer le contexte pour comprendre pourquoi certaines décisions ont été prises. Vu d’aujourd’hui, le comportement de la Suisse peut paraître décevant, mais à l’époque, il se justifiait par l’intérêt national.»

«Reconnaître ses fautes»

Et d’ajouter: «En Suisse, le travail consistant à reconnaître ses fautes, à présenter des excuses, a été fait à travers le rapport Bergier. Je trouve admirable la façon dont la guerre est traitée dans les livres d’école. Toutes les nations européennes ont eu à un moment ou à un autre des comportements honteux – esclavagisme, colonialisme, discriminations des minorités, agressions militaires, etc. – qui ne sont pas autant analysés ou critiqués que la Seconde Guerre mondiale.»

Bon. Mais encore? Pays complexe et souvent décrit comme idéal, certes, mais un peu «ennuyeux», non? «Pas autant que ça», nuance le site TheLocal.ch et, répondant à MM, Clare O’Dea donne l’exemple d’«un couple suisse [qui] est allé en Corée du Sud à vélo et a parcouru 17 000 km pour voir son fils qui participait aux JO. Ce genre de défi est assez fréquent en Suisse, les gens font des choses un peu folles parce qu’ils le peuvent, alors que dans beaucoup d’autres pays, on perd beaucoup de temps juste pour se débrouiller dans la vie quotidienne, au détriment de la créativité.»

«Beaucoup de Suisses ont une vie secrète»

Le Blick a donc même titré: «Voilà pourquoi nous ne sommes pas ennuyeux». Pour le quotidien zurichois, «l’Irlandaise aime vraiment la Suisse», assez en tout cas pour casser «le préjugé selon lequel nous serions des citoyens sans intérêt». Elle a pu voir que «beaucoup de Suisses ont une vie secrète. On brasse sa propre bière dans sa cave et untel est saxophoniste de jazz.» Clare adore le carnaval des Bolzes et a bien vu que les gens, ici, «ont une relation détendue à l’alcool: bien que l’on puisse boire du vin avant midi, il n’existe pas de problème national à ce sujet. […] Et puis, il y a les histoires sous la couette: selon un sondage Durex, 70% des Suisses sont satisfaits de leur vie sexuelle – c’est plus qu’en Allemagne et en Autriche.»

De l’Ecole-club à l’Union européenne

En revanche, lit-on encore dans MM, «les inhibitions sont un peu plus hautes s’agissant de la communication entre les personnes ne se connaissant pas. Le nouvel arrivé doit faire l’effort, ce n’est pas évident à trouver, mais il y a toujours un chemin pour se connecter avec la société. Pour ma part, ça a été d’abord à travers les cours de langue de l’Ecole-club Migros et les cours d’aérobic.»

On dira que c’est là la meilleure «marche à suivre» pour une bonne intégration. Et avec l’Union européenne, alors, quelle est-elle, cette marche à suivre? «C’est de ne pas y penser comme un ennemi et de rester pragmatique, de ne pas faire l’erreur du Royaume-Uni. La Suisse a besoin de l’UE, le monde a besoin de l’UE, comme un contrepoids aux autres grandes puissances qui n’agissent pas toujours dans notre intérêt: la Chine, la Russie et les Etats-Unis.»

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