L'enseignement du français en Suisse romande aborde une ère nouvelle. Grâce à une recherche pédagogique d'avant-garde, l'école va courageusement empoigner une zone jusqu'ici inexplorée. Elle va enseigner aux enfants à argumenter dans une discussion, à résumer un texte avec pertinence, à prendre la parole à bon escient. Bref, elle aborde le domaine de l'expression, écrite et orale, et ambitionne de donner aux petits Romands cette maîtrise de la langue dont les ratés nous rappellent cruellement notre condition de provinciaux du français.

Bonne nouvelle. Après tout, à quoi sert de savoir faire une phrase syntaxiquement correcte si on ne sait pas quoi dire? Depuis vingt ans, les penseurs de l'enseignement renouvelé du français n'ont d'ailleurs pas dit autre chose: l'important, c'est l'expression. Ces histoires de complément d'objet direct remplacé par le groupe nominal, c'est secondaire. La structuration n'est qu'une étape, l'essentiel est ailleurs. Sauf que jusqu'ici, les nouveaux manuels sont précisément restés axés sur la structuration.

Nous voilà donc, une génération plus tard, arrivés au cœur de la question, ouf. Avec, tout de même, une petite amertume: puisque l'essentiel était ailleurs, était-ce bien la peine d'embêter tout le monde avec l'accessoire? D'engager autant d'énergie, d'argent et de polémiques uniquement pour promouvoir une description plus moderne de la structure de la langue?

On pourrait aussi s'interroger sur l'efficacité de cette approche formelle. Beaucoup ont le sentiment que, depuis vingt ans, le niveau baisse en orthographe et en grammaire. La réalité, si on en croit les recherches françaises, est plus complexe. Mais disons que l'enseignement renouvelé du français ne peut pas se flatter d'avoir brillamment réussi à inculquer l'orthographe aux élèves romands.

La question de l'«accessoire» reste chaude. Notamment parce qu'elle touche un sujet tabou: la maîtrise de l'orthographe française est possible, mais elle coûte, en temps et en énergie, un prix exorbitant, que les élèves d'autres langues passent à lire et à raisonner. Est-ce bien la peine? Une simplification de l'orthographe ne permettrait-elle pas de se concentrer, sans regret, sur l'essentiel?

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