L’Espagne ne va pas fort. Cinq ans de crise ont réduit l’économie en lambeaux. Le pays connaît un taux sans précédent de 27% de la population au chômage. D’ores et déjà, l’on évoque une génération de moins de 30 ans «sacrifiée», tant elle manque à la fois de formation et de toute perspective d’emploi. Si le pays n’a pas perdu tout reste de contenance, c’est pour une seule raison: les bonnes vieilles solidarités familiales. Les enquêtes le montrent. Seuls les aînés ont, ces dernières années, augmenté leur niveau de consommation. Non parce que les retraités échapperaient à la crise économique, mais parce que, grâce à leurs maigres ressources, ils paient pour tous les autres: le fils au chômage, le petit-fils incapable depuis longtemps d’honorer son loyer…

Pour sortir de pareille situation, la planche de salut est étroite. Et d’autres solidarités seront nécessaires. Pourtant, le pays a la tête ailleurs. Jour après jour, journaux et conversations ne tournent qu’autour des affaires de corruption qui n’en finissent plus d’éclabousser les dirigeants. Autre sondage, autre indice: sur une échelle de confiance de 0 à 10, les Espagnols placent leur classe politique sur un misérable 1,5. Si un scrutin avait lieu aujourd’hui, il n’y aurait pas de vainqueur. Les principaux partis ne recueilleraient que quelques miettes électorales et s’écrouleraient. C’est tout le système politique qui risque l’effondrement.

Dans ce contexte, tandis que les accusations contre lui se font de plus en plus précises, l’attitude du premier ministre Mariano Rajoy est devenue intenable. Répliquant par le silence et le mépris, le chef du Parti populaire (PP) continue de s’accrocher à la majorité absolue dont bénéficie encore sa formation au parlement. Un aveu éventuel, en vérité, lui serait fatal: comment justifier, en effet, le fait que les leaders de son parti se répartissaient de généreux salaires annexes tandis qu’ils préconisaient à qui mieux mieux l’austérité? Mais les dénégations hautaines de Rajoy sont devenues plus graves encore. Dans la situation que traverse aujourd’hui l’Espagne, elles prennent l’allure d’un entêtement tout bonnement suicidaire.