La Commission européenne doit tirer les bonnes conclusions du vote de confiance helvétique dans la libre circulation et les relations bilatérales avec l’UE. En rejetant à 61,7% des voix l’initiative de l’UDC – comme le proposait le Conseil fédéral –, le peuple suisse a démontré sa volonté de rester arrimé à son voisinage communautaire, et à demeurer un Etat membre à part entière de l’espace Schengen, à l’heure d’une remise à plat à hauts risques de la gestion des flux migratoires.

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Cette évidence, scellée par les urnes, est d’une importance particulière au moment où le feuilleton du Brexit connaît un nouveau tournant chaotique. Jusque-là, toute concession à la Confédération, pays tiers aux exigences considérées comme insupportables par de nombreux eurocrates, était jugée impossible à l’aune du divorce en cours avec le Royaume-Uni. Pas question de se montrer trop compréhensif envers Berne alors que Londres guette, en embuscade, la moindre faille à exploiter. Pour Bruxelles, les deux «deals» se trouvaient quelque part dans la même corbeille. A Boris Johnson, l’étiquette de «populiste démagogue et opportuniste» (confirmée maintes fois par son comportement). Au pouvoir collégial helvétique, celle d’inacceptable exception héritée d’un passé bilatéral aussi complexe que révolu. Pour cette gardienne du temple européen qu’est la Commission, seule la tactique du gendarme et du bâton semblait appropriée dans les deux cas.

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Le changement de paradigme est aujourd’hui manifeste. Et les négociateurs bruxellois feraient mieux de le comprendre vite. La volonté suisse d’une souveraineté compatible avec la libre circulation et ses engagements européens n’est pas, comme à Londres, une affaire de tactique pour contenter une majorité parlementaire rebelle. Mieux: reconnaître que la spécificité du débat démocratique helvétique exige une solution «sur mesure», et oser passer à l’acte en remettant le projet d’accord-cadre sur le billard diplomatique, serait un bon moyen pour l’exécutif communautaire de répondre à ceux qui, du côté britannique, l’accusent de «refuser l’essence même du Brexit» en diabolisant les arguments nationaux du Royaume-Uni. Entre Berne et «BoJo», un discernement raisonnable s’impose. Dès maintenant.