Politique

Entre compassion et amertume, le «livre d’or» de Géraldine Savary

Le retrait de la conseillère aux Etats vaudoise laisse un goût d’inachevé pour les militants socialistes. Postée sur Facebook, sa décision suscite toutefois une vague de commentaires de soutien

Elle n’a plus la force de mener le combat politique. La conseillère aux Etats Géraldine Savary l’affirme sans détour sur sa page Facebook. Elle admet des «erreurs d’appréciation» et évoque une «pression permanente» devenue insupportable. Adressé à ses soutiens, ce message a déclenché un large mouvement de compassion. «Je suis touchée par votre décision, je pense que la politique suisse perd une grande dame. En même temps, j’ai beaucoup de respect pour votre décision», écrit une internaute. «Je n’ai jamais douté de votre intégrité et votre réaction vous honore. Il s’agit bien d’une erreur d’appréciation et encore. Dans tous les cas, l’affaire a pris une proportion que je trouve totalement exagérée», ajoute un sympathisant.

Plus de 200 commentaires s’affichent sous la publication. Les messages affectueux cohabitent avec des réactions teintées d’amertume. «C’est n’importe quoi, on vous met des bâtons dans les roues pour quelques malheureux mille francs. Quand on voit toutes les magouilles qui peuvent se faire pour des milliards, c’est lamentable», s’agace une anonyme. La gauche vaudoise a le sentiment de perdre une personnalité exemplaire dans une affaire aux conséquences disproportionnées. Est-ce un dénouement injuste? Grégoire Barbey, observateur de la vie politique, le pense. «Je crains que la conseillère aux Etats Géraldine Savary paie aujourd’hui trop cher le prix de ses égarements», regrette-t-il sur Twitter.

«Et vous?!»

La socialiste vaudoise est attaquée pour ses liens avec le milliardaire Frederik Paulsen, qui a participé au financement de ses campagnes de 2011 et 2015. Sans compter les voyages en Sibérie et à Grenade. Des «erreurs» qui passent mal dans un parti qui affirme s’engager «en faveur d’une politique pour tous, sans privilèges». Mais sa mésaventure fait également écho aux difficultés rencontrées par d’autres politiciens, avec une différence notable: ils n’ont pas renoncé à leurs fonctions.

Le caricaturiste Herrmann imagine la réaction des principaux concernés dans la Tribune de Genève. Son dessin représente Pascal Broulis, Pierre Maudet et Guillaume Barazzone face à une journaliste qui se contente d’une question: «Et vous?!» Réponse en trois temps: «On ne peut pas comparer!», «c’est une femme!» et «socialiste!». Un compte Twitter de soutien à Pierre Maudet est d’ailleurs interpellé à ce sujet. «Coucou @DeMaude, vous ne voudriez pas encourager votre idole à imiter Géraldine Savary?» demande @JFKvcn, un brin provocateur.

Identifier des coupables

Pour les militants socialistes, le retrait de Géraldine Savary laisse un goût d’inachevé. Une poignée d’internautes essaie d’identifier des coupables. Pour y parvenir, ils s’appuient sur le cas du journaliste de la RTS qui aurait «assailli de questions» leur championne alors qu’elle était hospitalisée.

L’anecdote écœure, au point que certains dénoncent un acharnement médiatique. Blogueur au Temps, Marc Münster s’interroge également sur cette histoire. La RTS utilise-t-elle des «tactiques de harcèlement» pour arriver à «ses fins de scoop»? Le porte-parole du groupe public, Arnaud Bonvin, lui répond sur Twitter qu’«aucune tactique de ce genre» n’est utilisée par les journalistes. La question dépasse le cadre médiatique. Les critiques sont également venues des partis politiques. Marc Münster confie son incompréhension: «J’ai de la peine avec la destruction de personnes, même, (ou surtout), pour la bonne cause.»

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