L’initiative contre l’élevage intensif a été rejetée à une majorité d’environ 63%. Après les deux initiatives «pour une Suisse libre de pesticides» et «pour une eau potable propre», elle est la troisième à subir le même sort en 15 mois.

Quel écart entre la marché de la viande bio qui représente 6%, et les quelque 37% de votantes et votants qui ont approuvé l’initiative, laquelle aurait introduit des standards de production bio! Il traduit bien les incohérences entre le vote du citoyen et ses habitudes de chaland qui rechigne à payer le prix de l’écologie et du bien-être des animaux.

Une vision idyllique de l’agriculture

Entre les consommateurs, le plus souvent des citadins, et les producteurs, le fossé reste béant. Les premiers ont une vision idyllique de l’agriculture et pour la plupart une totale méconnaissance des règles du marché, dominé par les distributeurs qui imposent leurs marges plus qu’ils ne les négocient. Quant aux seconds, ils peinent à expliquer un métier complexe qui requiert des compétences à la fois techniques et financières dans la gestion d’un domaine.

C’est une réalité. Comme partout, il y a quelques moutons noirs chez les paysans. Les vidéos aux images effectivement choquantes des partisans de l’initiative l’ont montré. Mais au lieu de nourrir le débat, elles le biaisent. C’est toute une profession qui est clouée au pilori, coupable de sacrifier le bien-être animal au profit de la rentabilité.

Notre suivi de ce dimanche de votations.

Des erreurs de la branche

Reto Wyss, le président des vétérinaires cantonaux, l’a dit: ces dernières décennies, ce bien-être animal s’est «sensiblement amélioré». L’immense majorité des paysans aiment leurs bêtes et les respectent. Mais il faut reconnaître que leur branche commet deux erreurs: d’une part, elle se replie trop souvent dans une conspiration du silence lorsque des cas de maltraitance surviennent, alors que ceux-ci sont en général vite connus dans les milieux intéressés. D’autre part, les agriculteurs ne cherchent pas suffisamment le dialogue avec leurs clients consommateurs dans une démarche d’information offensive. On ne les entend que lors de telles campagnes de votation, lorsqu’ils sont acculés à la défensive.

C’est ce dialogue qu’il est urgent de renouer physiquement dans la convivialité d’un ver de vin autour d’une table, à l’écart des réseaux sociaux qui ne font que polariser les fronts.

A ce propos: L'élevage intensif nuit-il au climat?

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