Anthony Weiner, ex-star salace de la politique américaine, va-t-il déterminer qui sera le futur président des Etats-Unis le 8 novembre? Va-t-il faire replonger dans un scandale d’e-mails qu’on croyait clos la candidate démocrate Hillary Clinton?

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Les Américains doivent choisir entre un républicain odieux et misogyne qui n’a pas les compétences pour s’emparer des codes nucléaires de la première puissance mondiale, et une démocrate objectivement considérée comme la personne la plus qualifiée ayant jamais convoité la présidence. Le choix semble facile tant Donald Trump paraît un danger pour la démocratie et pour la stabilité de l’ordre international. Elire Hillary Clinton, c’est aussi une manière, après Barack Obama, d’écrire l’Histoire en plaçant pour la première fois une femme au Bureau ovale.

Et pourtant. L’ex-First Lady, l’ex-sénatrice et l’ex-patronne de la diplomatie a beau être une femme intellectuellement brillante dotée d’une connaissance unique des rouages de l’administration. La candidate et ce qu’on appelle péjorativement le clan Clinton ont toutefois un rapport très lâche à l’éthique, aux règles régissant tout Etat démocratique. Les jeunes militantes pro-Bernie Sanders furent les premières à le dénoncer.

Les récentes révélations de WikiLeaks sur les relations incestueuses entre la Fondation Clinton, le Département d’État à l’époque où Hillary Clinton en était encore la patronne et une société de consulting Teneo sont choquantes. Il n’est plus question ici de «revolving doors», ce va-et-vient de professionnels entre le secteur public et privé, mais de possibles conflits d’intérêts.

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La garde rapprochée de Hillary Clinton, Huma Abedin et Cheryl Mills en tête, a toujours semblé évoluer dans une bulle. En 2012, la première, mariée à Anthony Weiner, avait le statut d’«employée spéciale» du Département d’État tout en étant rémunérée par la Fondation Clinton et par la société Teneo fondée par un ex-collaborateur de Bill Clinton. La seconde avait un statut tout aussi ambigu. Le nouveau rebondissement dans l’affaire des e-mails n’a pour l’heure rien révélé d’explosif. Mais il ne fait qu’accentuer un sentiment. Une majorité d’Américains ne jugent pas la candidate intègre.

Beaucoup l’ont dit: Si Hillary Clinton perd cette présidentielle, elle ne le devra qu’à elle-même. Sa chance, si on peut dire, c’est d’être opposée au rebutant Donald Trump et non à un républicain modéré. Mais la désinvolture ou le mépris affiché par Hillary Clinton envers les règles inhérentes à une fonction publique n’en sapent pas moins la supériorité morale de la démocratie. Pour une personne qui est familière de la «chose publique» depuis près de trente ans, on est en droit d’attendre davantage. Car c’est précisément le fait, pour un représentant de l’État, de se sentir au-dessus des lois qui nourrit des mouvements populistes comme le trumpisme.