Éditorial

Entre les Etats membres et le Parlement européen, la guerre doit cesser

ÉDITORIAL. A une courte majorité, les eurodéputés ont choisi mardi de suivre la volonté des Etats membres en désignant Ursula von der Leyen pour présider la Commission européenne. Pour le bon fonctionnement de l’UE, cet alignement compliqué, mais confirmé, des deux institutions est une bonne nouvelle

Rien ne serait pire, alors que le Brexit obscurcit toujours le ciel communautaire, qu’une guerre institutionnelle au sein de l’Union européenne. Dans ce contexte, la décision d’une courte majorité de députés européens de soutenir – par 383 voix sur 747 votants – la nomination par les 28 Etats membres d’Ursula von der Leyen à la tête de la prochaine Commission est une bonne nouvelle.

Malgré ses débuts incertains, et malgré la colère justifiée des Verts écartés des postes clés de l’UE par l’alliance ambiguë entre conservateurs, sociaux-démocrates et libéraux-centristes, la future patronne allemande de l’UE a besoin d’incarner la cohésion et la solidité de cette souveraineté partagée tant critiquée par les nationalistes. Il lui faut aussi, au moment où l’arrivée au 10 Downing Street de l’hyper-populiste Boris Johnson paraît acquise, pouvoir compter sur l’appui de l’ensemble des forces politiques pro-communautaires pour affronter, à l’automne, la possible tourmente d’un «no deal», synonyme de graves convulsions économiques.

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La confirmation difficile de sa nomination est surtout une manière de la prendre au mot. Dans son discours de politique générale prononcé mardi matin dans l’hémicycle de Strasbourg, l’ancienne dauphine d’Angela Merkel s’est engagée à mener une ambitieuse politique climatique, à défendre les droits des femmes et à réformer la politique communautaire d’asile, que l’on sait en lambeaux. Dont acte. Les eurodéputés, après leur vote disputé, viennent de lancer un avertissement: ils n’hésiteront pas à questionner les futurs candidats aux postes de commissaires désignés par les capitales, et à décider au cas par cas de soutenir ou non les futures propositions de directives communautaires. A bon entendeur: le Parlement européen, supposé représenter les 450 millions de citoyens de l’UE, est toujours plus fort lorsqu’il agit au nom de l’intérêt général, et non pour la sauvegarde de tel ou tel agenda partisan ou national.

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Confrontée à l’intransigeance assumée de la Commission dans la négociation sur un futur accord-cadre bilatéral, la Suisse a également besoin d’un alignement institutionnel au sein de l’UE. Le statu quo actuel démontre en effet que l’espoir – que l’on continue parfois de caresser à Berne – de diviser les Etats membres pour mieux négocier ne s’est pas matérialisé. Il faudra donc bien se décider, un jour, à avancer. Et mieux vaudra, à ce moment, pouvoir compter sur un Parlement européen demandeur de solutions plutôt que d’obstructions et de motions de défiance. Même à une trés courte majorité…

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