Les ressemblances ne sont pas fortuites. Depuis l’annonce, par Emmanuel Macron, du rétablissement prochain de l’état d’urgence sanitaire en France et de la mise en œuvre d’une obligation vaccinale pour pénétrer dans les lieux publics – à finaliser dans le projet de loi débattu au parlement à partir du 21 juillet – la colère qui monte dans le pays alimente une conviction: celle d’un possible retour des «gilets jaunes», mobilisés cette fois contre les présumées atteintes aux libertés. Avec, dans le collimateur des manifestants, la même cible que celle des ronds-points de l’hiver 2018-2019: un chef de l’Etat à nouveau jugé autoritaire, incapable de comprendre les difficultés et les doutes des plus vulnérables de la population.

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Contraire au principe d’égalité

Cette analogie est nourrie par une convergence: telle l’augmentation subite du prix du diesel, présentée en 2018 par le gouvernement de l’époque comme indispensable pour lutter contre le réchauffement climatique et refusée par les provinciaux tributaires de leur véhicule, l’imposition du passeport sanitaire est jugée arbitraire par ses détracteurs, contraire au principe d’égalité – et justifiée de manière tendancieuse. Idéalisé, comme hier la rébellion anti-taxe sur le carburant, le vaccino-scepticisme devient synonyme de résistance à un Etat trop intrusif, trop inégalitaire, voire à la solde des géants pharmaceutiques.

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Gare au débat parlementaire rabougri

Cette convergence, qui sous-tend un discours de lutte des classes entre des privilégiés «ayant intérêt au vaccin» parce que nomades et fêtards, et classes populaires «qui n’ont rien à y gagner», doit être prise en compte d’urgence. Rien ne serait pire, pour la France, que de laisser, par des décisions trop hâtives et par un débat parlementaire rabougri, courir l’idée que se préserver du covid n’est pas une exigence nationale au service d’une reprise de la vie normale et de l’activité économique pour tous.

Dans le contexte français d’un état centralisateur et interventionniste, Emmanuel Macron a joué sa partition en fixant un cap. Il faut maintenant, pour éviter la colère massive dans un pays toujours inflammable, redoubler de pédagogie, de transparence, d’écoute et d’empathie, sous la surveillance du Conseil constitutionnel. Les «gilets jaunes» ont, en 2018-2019, tétanisé l’Hexagone parce que plusieurs de leurs arguments, en particulier sur de criantes inégalités territoriales, tapaient juste. Le pire serait de coaliser les anti-vaccins en se réfugiant derrière des diktats, même scientifiquement justifiés. Lutter contre la pandémie est aujourd’hui le combat politique majeur. L’épuisante nécessité de convaincre est indispensable pour ne pas le perdre.