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Entre l’islam et la chrétienté: une frontière psychologique.
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Opinion 

Entre l'islam et la chrétienté: une frontière psychologique

Des intellectuels et politiciens occidentaux sont à la recherche d’une couche pacifiste et modérée parmi les penseurs musulmans, qui seront en mesure de rétablir l’équilibre entre la chrétienté et l’islam. La tâche n’est pas facile

Une frontière a resurgi en force la dernière année – celle entre les mondes chrétien et musulman – et elle devient de plus en plus complexe à gérer. Multidimensionnelle, elle influence les relations entre peuples, et elle traverse aussi l’intérieur de nos sociétés «postmodernes», multi-ethniques, et multiconfessionnelles. «L’autre» est devenu notre voisin. Les attentats en Europe en 2015 et 2016 et les conflits sans pitié en Irak et en Syrie sont des signes de l’intensification des tensions. Et où est le front de ces guerres?

La frontière islamo-chrétienne: une zone de contact géopolitique

La frontière islamo-chrétienne est une zone de contact géopolitique, qui se présente depuis des siècles dans plusieurs dimensions: politique, économique, idéologique, et aussi psychologique. Elle constituait le fondement idéologique des empires byzantin, arabe, ottoman, autrichien et russe, se basant sur l’iconographie de systèmes de symboles - structures étatiques, croyances religieuses et règles sociales. Les religions sont un des principaux repères du sens d’appartenance. Un triangle de pôles de pouvoir s’est formé entre la chrétienté occidentale, la chrétienté orientale et l’islam, qui se manifeste aujourd’hui, par exemple, dans les conflits en Afghanistan et en Syrie.

La confrontation d’images accentue cette frontière: les caricatures de Charlie Hebdo, les actes terroristes montrés par les médias, les manifestations de solidarité, et des vidéos islamistes d’une violence extrême… Un parallélisme caractérise ces relations, comme les connotations morales liées aux termes de «djihad» et «croisade». Les sentiments d’humiliation, la révolte contre la discrimination, l’arrogance et le barbarisme de l’autre s’implantent profondément dans la psychologie collective.

Dominer la psychologie collective

On se demande comment au XXIe siècle des tensions idéologiques peuvent dominer le monde et l’évolution de la psychologie collective. Des experts trouvent même chez les terroristes kamikazes une vision juste et rationnelle des problèmes de la société. Pour commettre des actes terroristes les organisations extrémistes identifient des personnes psychiquement et émotionnellement stables, à l’image des djihadistes du 11 septembre 2001. Souvent formés à l’ouest, issus de la deuxième ou troisième génération d’immigrants, ils s’adonnent à l’idée de la marginalisation et victimisation des musulmans, et la nécessité de combattre un Occident agressif, qui impose ses valeurs au travers d’occupations armées.

Les relations troublées des pays musulmans avec l’Occident

Les pays musulmans ont eu des relations troublées avec l’Occident pendant la période d’émancipation postcoloniale. Après une étape dominée par des leaders militaires, séculaires et nationalistes à l’image d’Atatürk, Nasser, Kadhafi et Saddam Hussein; une nouvelle vague «libératrice» d’inspiration islamiste, offrant des remèdes idéologiques à la détresse sociale d’une population grandissante et polarisée, s’est présentée comme une révolte contre les monarchies pétrolières, les dictateurs militaires autoritaires et l’Occident arrogant.

Les premières élections libres du «printemps arabe», remportées par les islamistes, ont provoqué une réaction forte; l’attitude envers les migrants du Moyen Orient a aussi changé vers un pragmatisme égoïste; et l’Occident a mis sa priorité sur la stabilité internationale. Les masses arabes ont vu dans tout cela une hypocrisie cynique, et ce qui leur reste est une radicalisation de plus en plus extrême. La confrontation directe et les occupations ont conduit à une résistance renforcée. Comme avec les régimes communistes les plus tenaces – Corée du Nord, Cuba et Vietnam – on craint que l’effet à long terme des interventions occidentales en Afghanistan, Irak et Syrie soit néfaste.

La société occidentale actuelle dans le viseur

Le grand problème actuel est l’approfondissement du clivage psychologique. Les caricatures, les actes terroristes, les frappes aériennes, les démonstrations de Pegida y contribuent. Même si les extrémistes ne sont qu’une couche sociale limitée, la frontière renforce la frustration des populations en détresse dans un monde en transformation. L’esprit moderne pousse les jeunes gens à prendre leur sort en mains, mais il y a ceux qui embrassent le choix islamiste pour faire valoir leur opinion sur la société actuelle. Au même temps, l’Europe se sent assiégée avec ses façades sud et est en feu et avec ses sociétés fracturées.

En 2000, quand j’ai écrit un livre sur cette frontière, des textes sur les relations islamo-chrétiennes apparaissaient rarement dans les grands journaux (2-3 fois par mois). Mon manuscrit s’est fait refuser en mai 2001 (comme il ne couvrait pas «un grand thème d’actualité») par l’éditeur qui m’a accordé un contrat la semaine après les attentats du 11 septembre 2001. Après cette date, le sujet était présent quotidiennement dans les journaux et, en 2016, il fait souvent la une, accentuant l’angoisse et la confrontation.

Trouver parmi l’islam les modérés

Comment renverser cette tendance conflictuelle dans la psychologie collective? Des intellectuels et politiciens occidentaux sont à la recherche d’une couche pacifiste et modérée parmi les penseurs musulmans, qui seront en mesure de rétablir l’équilibre. Mais les doctrines n’y expliquent pas grand-chose. Le conflit latent reste dans les placards, comme le virus de la peste d’Albert Camus, prêt à se propager quand les conditions sont aptes. Chaque génération construit ses relations avec autrui. Qu’est-ce que notre génération va laisser pour l’avenir des relations globales entre les deux grandes communautés musulmane et chrétienne?


Mario Apostolov, professeur à l’International University in Geneva, auteur de The Christian-Muslim Frontier: A Zone of Contact; Conflict or Cooperation, Routledge 2004.

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