Le lieu est déjà un programme. Construite au sortir de la Première Guerre mondiale pour rendre hommage aux soldats musulmans tombés pour la France, la Mosquée de Paris incarne un islam pleinement intégré dans l’histoire républicaine. Pas besoin, donc, d’autre présentation en cette matinée de février, alors que son nouveau recteur, Chems-Eddine Hafiz, nous reçoit aux côtés de quelques collègues étrangers.

Ces murs-là, sur lesquels veille financièrement l’Algérie – une subvention annuelle est votée par l’Assemblée nationale algérienne – disent un tout autre récit que celui du «djihad» version Etat islamique (Daech). Ils disent le passé colonial et la proximité obligée de la France d’hier avec l’islam des populations colonisées. Ils disent la volonté de la Troisième République, vent debout contre l’institution catholique mise au pas avec la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, de s’ouvrir sans œillères aux autres cultes. Ils disent enfin que l’islam est aussi hospitalité, comme le prouvent dès 9h, chaque matin, les premiers clients du café de la mosquée.