«Désescalade»: le mot est désormais sur presque tous les communiqués européens consacrés à la crise ukrainienne. Alors que l’OTAN se félicite de l’envoi ces derniers jours de plusieurs milliers de soldats alliés en Roumanie ou en Pologne et que la Russie continue d’alimenter par sa présence militaire massive les scénarios d’invasion savamment distillés par les services de renseignement américains, le besoin urgent d’une pause dans cette surenchère de muscles stratégique s’est imposé comme l’objectif numéro un de l’Union européenne. C’est pour obtenir ce début de «désescalade» qu’Emmanuel Macron a rencontré lundi Vladimir Poutine à Moscou durant prés de cinq heures, avant de poursuivre mardi avec son homologue Volodymyr Zelensky à Kiev. Une priorité partagée par le chancelier allemand Olaf Scholz qui, lui, était hier à Washington avant de se rendre en Ukraine et en Russie les 14 et 15 février.

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«Ambiguïté constructive»

Le calendrier, dès lors, est on ne peut plus clair: il faut que, cette semaine, les diplomates européens montrent leur inventivité et leur capacité à accoucher d’une solution sans doute provisoire, mais au moins crédible pour les deux parties. Même si la porte n’est qu’entrouverte, et même si les «faucons» des deux côtés, tant à Moscou qu’à Washington, rêvent encore d’obliger l’autre à reculer, les négociateurs français, allemands et communautaires doivent, au-delà des réunions de conseillers en «format Normandie» (Russie, Allemagne, France, Ukraine), travailler à concrétiser cette «ambiguïté constructive» capable d’être perçue comme un dégel par les deux camps.

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Créativité diplomatique

A l’égard de la Russie, l’Union européenne doit démontrer qu’elle peut penser et agir en dehors de la logique militaire de l’OTAN lorsque ses intérêts vitaux sont engagés. A l’égard de l’Ukraine, l’UE doit démontrer son effective solidarité et surtout ouvrir la perspective d’une paix durable, actée plus tard par un traité en bonne et due forme dont elle acceptera d’être le garant. Compliqué? Oui. Mais à la fois réaliste et prometteur pour une Europe communautaire qui, pour l’heure, est au moins parvenue à surmonter ses divisions, malgré la vulnérabilité énergétique à géométrie variable de ses pays membres. Les diplomates doivent maintenant prendre le pas sur les états-majors, leurs cartes et leurs bataillons. Une UE créative sur le plan diplomatique, en mesure de résoudre une crise sans céder sur ses principes, serait la meilleure des réponses à tous ceux, de Moscou à Washington, qui la jugent incapable de défendre sa souveraineté. Cette semaine-là, entre Macron et Scholz chez Poutine, doit servir à ça.

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