Il faut le redire: l’Union européenne post-Brexit est condamnée à patiner, voire à se déliter, si la France et l’Allemagne n’en reprennent pas conjointement les rênes. A force d’être grippé, le moteur franco-allemand, si critiqué mais si nécessaire, est en effet aujourd’hui au point mort. Or un élan conjoint est indispensable pour éviter que la Commission dirigée par Ursula von der Leyen ne se retrouve rapidement enlisée dans une guerre de tranchées face à un bloc de pays «récalcitrants» emmenés par le hongrois Viktor Orban.

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Cet élan impose un effort particulier à Angela Merkel, dont la position a été rendue plus compliquée encore par la démission récente de son ex-dauphine, Annegret Kramp-Karrenbauer. La chancelière allemande qui présidera l'UE entre juillet et décembre 2020, joue son héritage politique sur fond de montée inquiétante de l’extrême droite.

Mais elle a aussi, vis-à-vis de l’Union européenne, une obligation. Veut-elle rester dans l’histoire comme la «dame de fer» qui, lors de la crise financière de 2008-2010, aura imposé, au nom de la sacro-sainte stabilité de l’euro, les plans de sauvetage si controversés dans les pays d’Europe du Sud? N’aspire-t-elle pas à une autre légende que celle tissée par son soutien indéfectible à son industrie automobile? Ces questions doivent lui être posées sans fard par Emmanuel Macron, avec lequel le manque de complicité est évident. Le jeune président français est trop grandiloquent. Trop peu soucieux aussi, pour Berlin, de la sensibilité des «petits» Etats membres.

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Mais Macron, dont personne ne peut contester la volonté réformatrice en France, a raison sur un point: il faut aller vite maintenant que les Anglais sont partis. Un édifice ébranlé par un tremblement de terre – et le Brexit en est un pour l’UE – court le risque de s’effondrer si l’on ne renforce pas immédiatement ses superstructures.

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Du côté de l’Elysée, ce moment post-Brexit doit aussi imposer des concessions. Emmanuel Macron le fonceur, le défenseur de la souveraineté industrielle et numérique européenne, doit se muer en bâtisseur. Il lui faut consolider la digue communautaire avant les coups de boutoir qu’un Donald Trump réélu portera sans tarder au marché unique, avec peut-être le concours du Britannique Boris Johnson. L’urgence européenne est de mise entre Paris et Berlin. L’ignorer serait, dans ces deux capitales, une faute politique majeure.