la chronique

Entre populisme et raison

Leçons des votations de dimanche dernier: et si le peuple décidait par bravoure, et de façon éclairée, plutôt que par peur comme certains ne manquent pas de le prétendre? Par Marie-Hélène Miauton

Les votations de dimanche dernier ont permis aux observateurs d’émettre à l’égard du peuple suisse les avis les plus contradictoires. Il faut dire que les sujets fédéraux et cantonaux étaient si variés et qu’il y en avait pour tous les goûts. Sans oublier les élections valaisannes qui, à l’image de ce beau canton, avaient cette fois-ci un caractère extraordinaire.

L’acceptation de l’initiative Minder a fait parler d’elle partout dans le monde, de façon généralement élogieuse. Mais ce sont les internautes plus que les politiciens qui ont relevé combien la démocratie suisse permet de telles audaces. A noter que le Web avait émis les mêmes éloges alors que les Helvètes acceptaient l’initiative sur les minarets tandis que le monde politique international s’insurgeait contre ce résultat populiste. Ainsi, au gré de ce qu’il décide, le même peuple passe pour borné ou éclairé chez les politiques mais il est toujours encensé par les citoyens des autres pays, fort désireux de pouvoir, eux aussi, se prononcer sur les thèmes qui les préoccupent.

On entend souvent que le populisme joue sur la peur: de l’étranger, de l’insécurité, de l’UE, du changement, de l’ouverture… C’est juste mais, à y bien réfléchir, rares sont les votations qui y échappent vraiment. Les milieux favorables à la LAT, dont je n’étais pas, ont joué sur ces mêmes mécanismes: peur du bétonnage, préservation du paysage, manque de confiance dans les autorités locales, refus du développement, désir d’une planification rassurante mais non fédéraliste, mise sous tutelle des propriétaires… sans que nul songe ici à crier au populisme.

Les Grisons ont refusé d’organiser les Jeux olympiques d’hiver sur leur sol. Là encore, a-t-on dit, la peur l’a emporté, savamment attisée par des opposants, évidemment qualifiés de frileux et près de leurs sous. Et si c’était le contraire? Si le peuple avait au contraire eu le courage, la témérité presque, de montrer que le roi est nu: le sport offre une telle image de lui-même actuellement qu’il ne donne plus envie de s’engager pour lui. De prendre des risques financiers pour lui. De porter atteinte au paysage pour lui. Face au gigantisme, à la corruption, au dopage, le refus grison passera peut-être un jour pour un acte de bravoure.

A l’envers de tout populisme, le canton de Schaffhouse a refusé la baisse d’impôt qui lui était proposée. A ce sujet, les internautes internationaux n’ont pas réagi, sans doute parce qu’ils n’en ont pas été informés. Dommage car cette nouvelle démonstration du sens des responsabilités des citoyens suisses, après leur refus d’augmenter les vacances ou de réduire les heures de travail, démontre la grandeur de notre démocratie semi-directe. Elle repose sur une culture civique exigeant de savoir renoncer aux intérêts personnels pour satisfaire au bien public, ce qui exclut toute mentalité d’assisté. Elle demande aussi à chacun de se forger une idée personnelle sur des sujets parfois complexes, ce qui représente un effort d’abstraction et un investissement réel dans la chose politique. Voilà ce qu’il convient de rappeler aux peuples qui nous envient.

Publicité