On peut se demander parfois si certains responsables politiques en Suisse ont vraiment pris la mesure des conséquences du oui à l’initiative de l’UDC «non à l’immigration de masse» voté le 9 février 2014. Pour les uns, Bruxelles nous comprendra et fera une exception pour la Suisse. Pour les autres, c’est l’Union européenne (UE) qui a besoin de nous, de nos produits, de notre marché, de notre situation géographique au cœur du continent. De ce fait, elle n’a de choix que de respecter la décision démocratique d’un pays souverain.

La troisième école rejoint la précédente. Elle se targue du fait que des milliers de ressortissants européens habitent, travaillent en gagnent leur vie en Suisse et que 280 000 des frontaliers français, italiens et allemands traversent chaque jour les frontières pour travailler chez nous. Enfin il y a ceux qui imaginent des solutions fantasques comme une taxe sur les entreprises suisses qui emploient des étrangers ou encore un système de contingent très large de travailleurs européens.

Dans tous les cas, ils disent que «ça s’arrangera».

C’est prendre ses désirs pour des réalités. Dès le lendemain du vote, l’UE a fait savoir sans aucune ambiguïté que le résultat du vote était incompatible avec le principe sacro-saint de la libre-circulation et que désormais, il appartient à la Suisse de dire quel type de relations elle souhaite entretenir avec son grand voisin européen. A Berne, les autorités comprennent ce message. La lettre écrite avant l’été par Catherine Ashton, la cheffe de la diplomatie européenne au président de la Confédération Didier Burkhalter ne pouvait être plus claire. Ce qui ne les empêche pas de faire croire que des négociations sont possibles et qu’au bout, il sera possible de s’arranger. Le Conseil fédéral vient de donner un mandat dans ce sens pour ouvrir les négociations avec l’UE.

Cette semaine, le comité interpartis qui s’est mis en place pour contrer l’initiative Ecopop a mis en garde contre un oui. Cela marquera la fin des relations bilatérales avec l’Europe, dit-il. De toute évidence, les responsables pensent encore que ça s’arrangera avec le vote du 9 février, mais qu’il ne faut pas que cette nouvelle initiative vienne encore semer la confusion. Ecopop ou pas, l’acceptation de l’initiative contre l’immigration de masse visant les ressortissants européens a déjà modifié le regard que Bruxelles porte sur nous.

Une nouvelle Commission entrera en fonction début novembre. Peut-on s’attendre à une meilleure compréhension? Non. Son président Jean-Claude Juncker l’a dit mercredi: la libre circulation de personnes au sein de l’UE n’est pas négociable. Il le disait pour le Royaume-Uni où le premier ministre David Cameron en a fait son cheval de bataille. Mais cette réponse ne s’applique pas moins à la Suisse.

Non, ça ne s’arrangera pas.

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