Revue de presse

Des entreprises suisses financent les suprémacistes américains sans le vouloir

Via des algorithmes mis en place par les GAFA, des logos de Swiss, Migros ou Coop se retrouvent sur Breitbart, le site très controversé contrôlé par Steve Bannon, l’ex-conseiller stratégique de Donald Trump

C’est la Radio publique alémanique qui l’a révélé cette semaine: des logos d’entreprises suisses atterrissent «encore et toujours» sur le portail controversé de la droite suprémaciste américaine Breitbart, qui ne cesse de se distinguer par «ses provocations racistes et sexistes, bien étudiées pour susciter l’indignation». «Pourquoi? C’est une énigme», avoue la chaîne de la SRF. Car lesdites entreprises s’étaient déjà distanciées de ce site sulfureux en assurant «qu’elles arrêteraient d’y faire de la publicité», puisque cela était déjà arrivé il y a une année.

Rebelote, donc, et une question demeure: pourquoi ces logos ont-ils réapparu là où les annonceurs sont susceptibles d’être victimes d’un gros dégât d’image en finançant le site dirigé par Steve Bannon, l’ex-conseiller stratégique de Donald Trump et gourou des suprémacistes blancs? Ce Bannon dont les dernières aventures sont contées dans un livre accablant à paraître ce vendredi et qui vient de mettre l’actuelle Maison-Blanche en fureur.

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Alors, pourquoi ces pubs de la compagnie aérienne Swiss, de Migros ou du bijoutier Christ, filiale du groupe Coop – parmi d’autres – figurent-elles sur un «portail d’information» qui se trouve en bonne place sur la liste noire des adresses à éviter? Aucune d’entre elles ne répond. Mais «nous sommes en train de clarifier cela», déclare Coop, tandis que Migros se réfère à «un partenaire commercial» états-unien. Or il semble bien que ce type de «partenaire» s’incarne dans les doux et fructueux noms de Google ou Facebook, dont les algorithmes étudient avec soin le comportement des internautes. Un blogueur de Bilan a déjà démontré avec éloquence il y a quelques mois comment on finançait ainsi très efficacement de la communication «haineuse».

Personne ne comprend vraiment les GAFA

La Schweizer Illustrierte, par exemple, avait lancé au début de 2017 une campagne sur Facebook et s’était aperçue que le célèbre réseau social coopérait avec d’autres sites web de l’Oncle Sam, qui ont fait «atterrir» le magazine alémanique sur Breitbart, sous la forme d’une offre pour un abonnement flexible. Ce, via un algorithme basé sur le comportement des lecteurs du site controversé. Un type de fonctionnement sur Internet qui montre – toujours selon la SRF – combien «les géants de la grande technologie s’avèrent difficilement compréhensibles pour les entreprises et leurs agences de publicité», sans parler de leur impossibilité d’être «contrôlés». Il arrive ainsi également que «des entreprises suisses cofinancent involontairement» d’autres plateformes états-uniennes.

Twitter s’engage

Le quotidien gratuit 20 Minuten ajoute que ces opérations font tellement «tinter le tiroir-caisse de Breitbart» que, depuis la fin de 2017, Twitter a lancé son initiative «Sleeping Giants» pour contrer ces manipulations robotiques qui profitent aux diffuseurs «fanatiques et sexistes». «Avec succès», puisque des milliers d’entreprises du monde entier, dont une vingtaine de sociétés suisses, auraient déjà renoncé à faire leur pub sur Breitbart, comme l’écrit la HandelszeitungMais c’était compter sans les automatismes du Net, sur lesquels elles n’ont guère de prise.

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