éditorial

Les errances de Pascal Broulis

ÉDITORIAL. Le ministre vaudois a péché par orgueil. Et ne compromet rien de moins que son propre bilan politique

Bientôt un mois de crise, un gouvernement vaudois pris en otage dans un feuilleton médiatico-politique, des institutions éclaboussées, décrédibilisées… Comment en est-on arrivé là? Comment une question qui paraissait anodine au départ – la répartition des impôts communaux de Pascal Broulis entre Sainte-Croix et Lausanne – a pu se transformer en une affaire d’Etat, dont on ne mesure peut-être pas encore aujourd’hui tous les dégâts d’image.

Ce serait trop simple, à l’exemple du PLR dans un récent communiqué, de rejeter la faute sur les «insinuations malveillantes» de la presse, ou, pire, sur la jalousie des Alémaniques face à la réussite vaudoise, sous prétexte que c’est un journal zurichois qui a signé le premier article sur la délicate situation fiscale du chef du Département des finances.

S’il y a un responsable au marasme actuel, c’est avant tout Pascal Broulis lui-même. Sa note à la presse improvisée, le ton courroucé devant les questions d’un journaliste de radio, ses justifications tardives et contradictoires représentent tout ce qu’il ne faut pas faire en matière de communication politique. Ils ont pourtant été nombreux à lui conseiller de s’expliquer rapidement et en toute transparence. Peut-être par orgueil, il n’a rien fait, entraînant avec lui ce Pays de Vaud qu’il aime tant dans la crise.

Devant le Grand Conseil, Pascal Broulis a affirmé mardi qu’il n’avait rien à cacher. Pourquoi dès lors faut-il passer par deux expertises, dont l’une réalisée par un organe indépendant? Et ceci afin de pouvoir faire toute la lumière sur sa situation, tant sur la question de l’établissement de son domicile fiscal principal que sur celle de ses déductions pour frais de transport.

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L’homme se défend en se cachant derrière la grande complexité de sa domiciliation. Tout serait légal. Mais moralement, la posture reste difficile à tenir de la part du tenant de la formule «la main des impôts finance la main des prestations». Pour Pascal Broulis, l’impôt heureux d’autrefois est donc devenu l’impôt tortueux.

Malgré la réponse détaillée du Conseil d’Etat, le flou demeure. Les soupçons sur un traitement de faveur ne sont pas totalement écartés. Politicien à la stature présidentielle, Pascal Broulis reste l’un des grands artisans de la renaissance économique du canton de Vaud. Mais aujourd’hui soupçonné de calculs fiscaux mesquins, livrant des explications alambiquées autour de déplacements erratiques entre ses domiciles, il ne compromet rien de moins que son propre bilan politique.

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