Revue de presse

En Espagne, la gauche et la droite s'insultent avant les élections de dimanche

«Indécent», le chef du gouvernement, Mariano Rajoy! «Mesquin», son opposant socialiste, Pedro Sanchez! Lundi soir, les deux principaux leaders politiques espagnols se sont affrontés dans un débat d'une rare violence à la télévision. Leurs formations historiques, le PP et le PSOE, sont menacées par les partis émergents, Podemos et Ciudadanos

C'était le seul débat auquel Mariano Rajoy, 60 ans, au pouvoir depuis décembre 2011 à Madrid, avait accepté de participer, après avoir refusé de rencontrer les dirigeants des deux partis émergents que sont Ciudadanos au centre droit et Podemos, la gauche antilibérale issue du mouvement des Indignés; deux formations qui, pour la première fois, viennent manger dans les plates-bandes du monde politique binaire espagnol.

Mais alors, quelle violence dans ce débat! «Una monumental bronca», dit El Mundo. Un vrai «drame», selon le New York Times. Le chef du gouvernement conservateur espagnol du Parti populaire et son challenger socialiste, Pedro Sanchez, 43 ans, se sont affrontés avec une dureté sans précédent lundi soir à la télévision avant les élections législatives espagnoles du dimanche 20 décembre.

Gagnant selon les internautes sur Twitter, le représentant de l'opposition a attaqué frontalement le leader du pouvoir en place, qui «n'a rien apporté de neuf» à son discours habituel, aux yeux d'El País. Il l'a «allumé» sur son bilan, surtout, mais aussi au délicat chapitre de la corruption, qui est au centre de toutes les polémiques, explique El Universal. L'«accusé» s'est trouvé face aux «attaques les plus intenses» de toute sa carrière, selon Bloomberg.

«Le président du gouvernement, Monsieur Rajoy, doit être une personne décente, et vous ne l'êtes pas», a notamment déclaré le socialiste après plus d'une heure de débat très tendu. «Vous êtes jeune, vous allez perdre les élections... On s'en remet, mais ce dont on ne se remet pas, ce sont des affirmations viles, misérables, mesquines que vous avez faites ici», a rétorqué un Rajoy très en colère et «sur la défensive», selon La Vanguardia.

A relire: Sanchez, le «beau Pedro» qui veut secouer la gauche espagnole (16.07.2014)

Mariano Rajoy, sans cesse attaqué et interrompu sans ménagement par son adversaire, a promis, s'il reste au gouvernement, de privilégier l'emploi, les retraites, la lutte contre le terrorisme et l'unité nationale. Quand la droite a pris le pouvoir aux socialistes fin 2011, «le pays était au bord du naufrage (...) Nous étions le malade de l'Europe», a-t-il insisté, en soulignant que depuis, la croissance économique était de retour – plus de 3% en 2015.

M. Sanchez, 43 ans, a tenté de démonter les arguments du chef du gouvernement en montrant des graphiques et des unes de journaux l'accusant d'avoir délaissé les plus pauvres et privilégié le sauvetage des banques. Il a promis de reprendre la lutte contre les inégalités. Et tous deux ont à peine évoqué le problème du processus indépendantiste en route en Catalogne, qui est le grand défi national et politique de la prochaine législature.

«Esclaves de la tradition»

Les inimitiés personnelles ont pris le dessus sur le fond, selon l'ensemble de la presse, qu'elle soit progressiste ou conservatrice. Au point que les deux hommes sont devenus «esclaves de leur tradition politique», titre le quotidien catalophone El Punt-Avui.

L'autre grand thème électoral, c'est l'éducation. C'est le remède à trouver pour soigner les «maladies» de la génération «nini» en Espagne, cette «jeunesse perdue» décrite par l'Agence France-Presse. Qui, ni étudiante, ni en recherche d'emploi, se lève tard, traîne dans les parcs ou s'affale devant la télévision. Ils sont près de 30% à vivre ainsi, les jeunes Espagnols, victimes des faiblesses du système éducatif.

La «vieille politique»

Et puis il y a donc ces nouveaux partis. Ils se sont dit atterrés par le niveau du débat. «Une majorité de citoyens espagnols ne veulent plus jamais voir ça», a commenté après le débat le dirigeant de Podemos, Pablo Iglesias, faisant référence aux «insultes» que se sont échangés les représentants de la «vieille politique».

C'était leur «dernière chance de motiver leur électorat et ils l'ont gâchée», selon l'agence Reuters, reprise par Swissinfo. Ils ont donné «la sensation de débattre dans la boue», a renchéri Albert Rivera, 36 ans, de Ciudadanos, assurant qu'il ne soutiendrait aucun des deux hommes après le scrutin s'ils avaient besoin des voix de son parti pour diriger une coalition gouvernementale.

Le PP toujours en tête

Selon les derniers sondages, le Parti populaire de Mariano Rajoy creuse légèrement son avance, dépassant les 25% d'intentions de vote, suivi de Ciudadanos et des socialistes – au coude à coude – avec environ 20% chacun; Podemos ferme la marche, à 18%. Quoi qu'il en soit – il y a encore beaucoup d'électeurs indécis – pour le journal en ligne El Confidencial, les deux leaders traditionnels ont «perdu» tous les deux lundi soir. A ce train-là, l'Espagne s'annonce bientôt ingouvernable.

A moins que. «Pourquoi n'y aurait-il pas un huitième pays en Europe gouverné au centre? Pourquoi les choses ne se passeraient-elles pas comme au Canada?» avec l'élection de Justin Trudeau, lance Albert Rivera, 36 ans. Car le chef de Ciudadanos a ceci à partager avec les citoyens d'outre-Atlantique il y a plusieurs années en arrière: il s'oppose à l'indépendantisme la riche région du nord-est de l'Espagne qu'est la Catalogne, dont les aspirations à l'indépendance sont souvent comparées à celles du Québec au Canada.

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