La social-démocratie sert-elle encore à quelque chose? C’est, abruptement posée, l’une des grandes questions qui vont traverser les prochaines élections européennes, dans un mois. Entre les nouvelles forces populistes qui ont le vent en poupe un peu partout et les partis (néo)libéraux qui leur font face, la messe semblait dite: les socialistes n’auront plus de place, eux qui ont trop tardé à dessiner un horizon séduisant par-delà les grandes inquiétudes qui planent sur le monde.

Lire aussi: Pedro Sanchez, la victoire et puis après?

Ce dimanche, pourtant, les Espagnols ont apporté le message inverse. Plus encore qu’ailleurs, le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) semblait ici en état de mort clinique. Au cours de la campagne électorale, son chef, Pedro Sanchez, n’a pas seulement fait l’objet d’une hostilité rare de la part de ses adversaires; il a aussi été fortement contesté au sein même de sa formation. Mais tout cela n’a pas empêché les électeurs de ressusciter le grand vieux parti (fondé à la fin du XIXe siècle) et de lui accorder une victoire sans équivalent depuis plus de deux lustres.

Ce résultat est-il annonciateur d’un mouvement plus général? Ce ne serait pas la première fois que l’Espagne joue ainsi un rôle de précurseur en Europe. En 2004, un autre socialiste, José Luis Rodriguez Zapatero, avait été accueilli en sauveur par une famille sociale-démocrate européenne qui, déjà, faisait figure de naufragée. Plus tard, c’est ce même pays qui avait vu surgir Podemos, ce mouvement d’«insurgés» qui, précisément, entendait jeter aux oubliettes les vieux socialistes, tant ils s’étaient montrés incapables de répondre de manière convaincante au désastre de la crise financière et économique.

La leçon vaut ce qu’elle vaut, étant donné la singularité historique de l’Espagne. Mais s’il fallait trouver la recette ultime de cette nouvelle résurrection des socialistes, c’est surtout du côté de leurs ennemis qu’il faudrait la chercher. En tentant de séduire les extrémistes, en se faisant le chantre des «valeurs» rétrogrades et le défenseur vociférant de la famille traditionnelle et de la nation, la droite libérale espagnole a fini de creuser elle-même sa propre tombe.

Quoi qu’on en pense, c’est cela qu’ont dit les Espagnols ce week-end: les démocraties libérales européennes sont trop mûres, trop ouvertes et trop complexes pour se jeter dans les bras de populistes à la petite semaine.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.