Les réseaux sociaux sont depuis quelques jours des champs de bataille virtuels opposant d’un côté les partisans de Didier Raoult et de son étude sur la chloroquine, remède miracle supposé contre le Covid-19, et de l’autre les critiques qui en veulent soit au professeur, soit à ses travaux.

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Répondant à Donald Trump, qui promettait d’autoriser la chloroquine, le directeur de l’Institut national américain des allergies et maladies infectieuses, Anthony Fauci, a parfaitement décrit les forces en présence: «Le président veut redonner de l’espoir aux malades. En tant que scientifique, mon travail est de prouver sans l’ombre d’un doute qu’un médicament est non seulement sûr, mais efficace.»

Il y a donc ceux qui espèrent et ceux qui prouvent. Les deux camps ne sont pas incompatibles. Tous, nous faisons partie du premier, scientifiques inclus: qui ne souhaiterait pas que l’on mette enfin la main sur un remède capable de nous débarrasser du Covid-19? Qui ne serait pas séduit par le scénario du professeur Raoult, chercheur rebelle et chevelu qui s’accroche à ses idées envers et contre tout, et qui finit par sauver la planète, clap de fin, générique? Sauf que, dans la vie réelle, il faut plus qu’un test de médicament sur 20 patients pour espérer une happy end.

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Certes, la science doit courir aussi vite que le coronavirus. Elle progresse à vitesse spectaculaire depuis janvier: le coronavirus a vu son génome séquencé et partagé en à peine quelques jours. Le candidat vaccin développé par Moderna est passé du laboratoire aux essais chez l’humain en trois mois, contre des années habituellement. En France, l’essai clinique de la chloroquine a bénéficié d’une autorisation en vingt-quatre heures.

Cela peut paraître insuffisant à ceux qui espèrent. Hélas, c’est ainsi. Le développement de nouvelles thérapies contre le Covid-19 ne peut se faire au mépris des règles régissant la recherche médicale, que certains semblent découvrir avec horreur. Les entorses aux règles établies, la dissimulation ou la négligence d’effets secondaires conduisent tout droit à des scandales sanitaires.

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Ce n’est qu’en travaillant dans le respect de ces standards de qualité que l’on trouvera des médicaments efficaces et sûrs à même de venir à bout de cette pandémie. Alors continuons d’espérer, mais laissons travailler ceux qui prouvent.