L'économie suisse se porte bien. Les commandes de l'industrie ont progressé de 16% au troisième trimestre, l'année touristique s'annonce excellente et - UBS mise à part - les banques sont largement épargnées jusqu'ici par la crise hypothécaire américaine. Lundi, une rafale de statistiques et de prévisions a confirmé cette bonne fin d'année.

Coïncidence, c'est lundi aussi que le groupe de réflexion Avenir Suisse a présenté la version française de son livre-programme appelant à réformer l'économie intérieure.

L'argument des auteurs est le suivant: le regain de croissance enregistré depuis 2005 est surtout dû à une conjoncture mondiale exceptionnellement favorable, et en partie seulement à nos mérites. Si nous nous assoupissons, les classements flatteurs dont la Suisse s'est félicitée dans de récents comparatifs de compétitivité pourraient se révéler éphémères. Toute réforme impliquant des sacrifices et un réflexe initial de rejet, autant s'y atteler quand les circonstances sont favorables et les esprits moins crispés.

On pense à l'agriculture qui connaît un renversement de paradigme grâce à la hausse du prix des matières premières, au marché intérieur encore trop réglementé, au potentiel inexploité du marché du travail et, enfin, à la formation - un des enjeux majeurs des prochaines années.

Le premier plaidoyer réformateur, «Mut zum Aufbruch», avait suscité un tollé national en... 1995. Avec le recul, il est fascinant d'observer à quel point la Suisse a déjà changé. Elle s'est ouverte aux travailleurs de l'Union européenne, à plus de concurrence. Cela s'est fait avec moins de souffrances qu'annoncé par les pessimistes, et sans mobilisation pétaradante. Le «paquet croissance» en dix-sept points du Conseil fédéral est un document très ennuyeux à lire, il n'est d'ailleurs pas le levier principal du changement. C'est plutôt le fédéralisme suisse qui permet une multitude d'expériences, comme dans des laboratoires observant mutuellement le fruit de leurs recherches.

Nous l'avons vécu ce week-end à Genève, qui a massivement accepté la réforme de l'assurance chômage, et à Obwald, qui a encore plus nettement plébiscité l'imposition à taux unique («flat tax»). Avenir Suisse a raison d'insister. La Suisse est plus réformable qu'elle n'en donne parfois l'impression. Pages 21, 22

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