Les jeunes font «Le Temps»
En marge de la conférence de l’ONU sur le climat, qui se tient du 6 au 18 novembre à Charm el-Cheikh, Le Temps a invité une douzaine de jeunes de toute la Suisse romande à prendre les rênes d’une opération spéciale. Âgé·es de 17 à 23 ans, elles et ils ont collaboré avec la rédaction en choisissant les sujets que les journalistes ont ensuite traités.
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Il est trop tard, non pour lutter contre le dérèglement climatique, mais pour atteindre l’objectif assigné par la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques signée en 1992: éviter toute «perturbation anthropique dangereuse du système climatique». Elle est en cours. En termes de concentration du CO2, il faut remonter deux millions d’années dans le passé pour retrouver une atmosphère aussi carbonée.

Nous connaissons une température moyenne de 1,2 degré au-dessus des niveaux préindustriels et, surtout, les effets sont bien supérieurs à ce à quoi nous nous attendions avec une hausse des températures légèrement supérieure à 1 degré. Depuis 2018, le climat a commencé à basculer. Les vagues caniculaires autrefois exceptionnelles se répètent. L’été 2022, au sens large, allant de mai à octobre, les a vus s’enchaîner. Par exemple, la France vient d’éprouver trois canicules successives et des températures record en octobre. Des sécheresses sans précédent ont meurtri l’Europe, l’Afrique, l’Amazonie, etc. C’est l’ensemble des événements climatiques extrêmes qui connaît, désormais, une intensité nouvelle sans compter une météo heurtée, difficilement compatible avec les cultures alimentaires.

Des oiseaux meurent en plein vol

Le phénomène de la chaleur humide, étudié depuis quelques années seulement, s’étend rapidement et commence à impacter de nombreuses régions. L’adjonction chaleur-humidité rend difficile la régulation thermique des organismes vivants par évaporation de la transpiration. La chaleur humide contraint à un séjour écourté dehors et entraîne, à partir d’un certain seuil, la mort. En Virginie, les paramètres de la chaleur humide sont intégrés dans les annonces météorologiques. En Inde et au Pakistan, des oiseaux meurent en plein vol. Plus généralement, habiter la Terre est plus difficile et dangereux et le deviendra de plus en plus: sous la pression de la montée des mers ou de la chaleur accrue, les surfaces habitables se réduisent, englouties sous les flots ou impropres à la vie de nombreuses espèces.

Est-ce à dire qu’il n’y ait plus rien à faire? Non, les marches conduisant à l’enfer sont nombreuses et chaque dixième de degré gagné épargne une grande quantité de souffrances. Nous avons par exemple encore le choix entre quelques mètres et des dizaines de mètres d’élévation du niveau des mers dans quelques millénaires. Cela dépend encore de nous et la différence entre les deux situations en termes de terres habitables est abyssale.

15% de population dans les champs!

En revanche, l’idée de résilience me paraît inadéquate. Le climat – et plus généralement le système Terre, car le climat n’est qu’un des paramètres –, ne reviendra pas à son état initial après quelques décennies de chocs violents. La seule issue est l’adaptation en un sens exigeant, à savoir un renouvellement profond de l’organisation de la société. Si ce sont le nombre d’objets, l’étendue et le nombre d’infrastructures que nous aménageons, notre régime alimentaire, etc. qui détruisent l’hospitalité terrestre – autrement dit les expressions de notre richesse matérielle –, nous ne nous sauverons pas en produisant simplement autrement ou en changeant nos techniques.

Considérons le cas de l’agriculture. S’imposera l’agroécologie, laquelle va de la permaculture à l’agroforesterie, qui joue de la nature au lieu de s’y opposer et intègre des savoirs modernes aussi bien que traditionnels. Hors récoltes, elle devrait mobiliser 15% d’une population active et donc exprimer un modèle de société aussi différent de l’actuel que des sociétés traditionnelles avec environ 80% des populations aux champs.

Si la richesse détruit, la question des inégalités ne se pose plus du tout en termes modernes et moins encore néolibéraux. La domination d’un genre par l’autre a été au cœur d’un système de domination des pauvres par les riches, du vivant par les seuls humains. Elle agite aujourd’hui la planète entière: positivement de l’écoféminisme jusqu’à la révolte des femmes iraniennes en passant par les femmes amérindiennes devenant caciques; négativement avec les crispations virilistes de Moscou jusqu’au parti communiste chinois.

Amorces d’un monde nouveau.

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