A Berne, tout le monde aime la formation, la recherche et l’innovation (FRI). C’est comme le bonheur, personne n’est contre. Mais passé les politesses d’usage, un constat s’impose: le débat sur le financement et l’aide à la formation est au point mort. Sans vision globale, sans ambition, victime du dogme des uns et du populisme des autres. Le sujet est pourtant essentiel à l’avenir du pays.

D’abord quelques faits, sur le financement du secteur. L’enveloppe actuellement en débat au Parlement dans le «message FRI» est insuffisante. Le Conseil fédéral, tétanisé par la crise de la dette et le frein à l’endettement, propose une croissance de 2% par an en 2013 et 2014. Alors que les étudiants sont toujours plus nombreux, en hausse de plus de 20% entre 2008 et 2016, certaines écoles parlent de réduire leurs effectifs: ce serait gravissime pour un pays dont la matière première est la matière grise.

Autre exemple concret: des dizaines de projets originaux sont menacés. Les requêtes auprès du Fonds national suisse (FNS) ou de la Commission pour la technologie et l’innovation (CTI) sont toujours plus nombreuses à être rejetées. C’est l’esprit d’entreprise qu’on pénalise. La rigueur budgétaire ne doit pas saborder le pays: en période de crise, nous devons précisément investir dans les secteurs qui font notre force. D’autant plus que les finances de la Confédération sont saines. Nous abordons le sujet la semaine prochaine au National: il est impératif de corriger le tir.

Prenons encore un exemple concernant le FNS: sans les moyens supplémentaires que nous défendons en commission, le Fonds national devra renoncer à plus de 50 millions pour alimenter les bourses d’études. Cela tombe mal: les bourses sont précisément le point faible de notre formation tertiaire. Avec 9% d’étudiants suisses au bénéfice d’une aide publique, nous sommes en queue de classement de l’OCDE. Loin, très loin des 70% d’étudiants américains…

La question de l’aide aux étudiants est d’ailleurs l’autre question cruciale de la rentrée politique et universitaire. Depuis longtemps, tout le monde s’accorde à dire qu’il y a un problème. Mais personne ne fait rien. Seule à s’agiter, l’Union des étudiants de Suisse (UNES) a déposé une initiative populaire pour donner à la Confédération les compétences en la matière: elle a raison. Le fédéralisme pousse parfois à l’égoïsme, les disparités cantonales sont énormes, et l’accord intercantonal en cours ne règle qu’une partie des problèmes. Les bourses d’études sont, et doivent être, un sujet fédéral. Mais l’initiative de l’UNES va trop loin: elle veut, par exemple, inscrire dans la Constitution une aide garantissant un niveau de vie minimal à un étudiant pendant toute la durée d’une première formation tertiaire. Une rente, en somme. Alors que la même UNES veut supprimer les taxes (une idée reprise récemment par le socialiste Mathias Reynard, qui propose d’imposer aux hautes écoles des taxes entre 650 et… 1 franc). En résumé: entre des bourses élevées et des taxes nulles, les études ne coûteraient plus rien. On pourra même toucher un salaire pour aller à l’EPFL. Absurde!

Ces initiatives ont toutefois un mérite: elles secouent une classe politique incapable d’aborder la question cruciale du financement de la formation tertiaire dans son ensemble, dans sa réalité complexe. C’est le moment, faisons-le. Mais sans dogmatisme, ni populisme. Les cadeaux de la gauche ne sont pas une solution: la gratuité et la rente tuent l’excellence. Tandis qu’à droite, on s’accroche à la rigueur budgétaire, sans vraiment faire de proposition. Et puis, le plus grave: chacun traite les sujets séparément. Or, bourses et taxes sont liées. Les frais de scolarité et l’aide aux étudiants font partie d’un même ensemble, pour lequel il faut trouver un savant équilibre. Certains pays, comme les Etats-Unis, font payer très cher les études, mais proposent un système d’aide très varié, supérieur à la moyenne. D’autres pays sont très bon marché, et proposent peu d’aides. C’est le cas de la Suisse. D’autres encore, comme la Corée du Sud, sont très chers et n’aident quasiment pas. C’est injuste, mais ça marche très bien aussi: étonnamment, dans les pays où les taxes sont élevées, le taux d’accès aux études est nettement supérieur à la moyenne…

Trouvons le bon équilibre. La qualité des études a un coût. Les taxes peuvent être élevées sans qu’on crie au scandale. Il est d’ailleurs logique que le futur médecin ou avocat participe davantage aux frais de ses études que le contribuable peintre en bâtiment. Augmentons les taxes, donc, s’il le faut. Même fortement. Mais à une condition: le système de formation doit rester accessible à tous. Cette augmentation doit être accompagnée d’un vrai système de bourses d’études, et d’autres formes d’aide, comme des prêts sans intérêts, des aides au logement, ou autres.

Allons de l’avant: trouvons de nouvelles pistes. Il faut sortir de l’impasse. Prenons de la hauteur, identifions des solutions d’avenir. En résumé: ouvrons un grand débat sur la formation, l’aide publique, le financement. Créons des Etats généraux de la formation tertiaire. Objectif: l’accès aux études pour tous, mais en exigeant l’excellence.

Trouvons le bon équilibre entre des taxes, des bourses et les moyens dévolus au domaine universitaire

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