On ne dit jamais – ou rarement – les Etats-Unis d’Amérique (EUA), ce qui est pourtant le nom officiel de la première puissance mondiale. On dit soit les Etats-Unis, soit l’Amérique. Un choix tout sauf neutre. Là où Barack Obama parlait de sa vision des «Etats-Unis», Donald Trump affirme le retour de l’«Amérique». Tous deux veulent croire à une forme de suprématie des EUA dans le monde, voire à un leadership moral. Mais ce qui fonde et guide leur action recouvre des valeurs radicalement différentes.

Depuis un an maintenant, le règne de l’«America first» – slogan de campagne de Donald Trump – redessine le paysage politique. C’est un monde où les frontières nationales prennent leur revanche sur l’internationalisme des marchés globalisés et des normes universelles. La protection de ces frontières est donc une priorité, les migrants une agression. L’électeur qui a fait basculer le vote en faveur de Donald Trump était masculin, blanc, de la classe moyenne ou supérieure et issu des tranches d’âge élevées. Il se sentait menacé dans son identité, dans son statut. C’était la revanche du vieil homme blanc fâché sur un monde qui semblait lui échapper.

Déconstruire l’œuvre d’Obama

Le 45e président des EUA s’est ainsi entouré de vieux hommes blancs, souvent militaires ou très riches, pour diriger avec sa famille le pays à la façon d’une entreprise, sûr de son instinct d’homme d’affaires pour offrir les meilleurs deals aux Américains. Sa ligne de conduite a été jusqu’ici somme toute cohérente, du moins sur le plan intérieur, une obsession présidant à tous ses choix: déconstruire systématiquement ce qu’avait réalisé son prédécesseur, le métis Obama incarnant à ses yeux le mal qui ronge son pays.

Les théoriciens du déclin américain risquent pourtant une nouvelle fois de déchanter

Face aux thuriféraires de l’Amérique, les tenants des Etats-Unis, c’est-à-dire d’un pays ouvert, multiculturel et libéral, ne sont pas restés sans voix: les manifestations de femmes, de scientifiques, de Noirs, de la cause LGBT, des milieux artistiques, etc. se sont multipliées. Cette renaissance du mouvement des droits civiques peine pourtant à se transformer en contrepoids politique, et une réélection de Donald Trump n’est pas à écarter.

Le repli américain poursuit du coup son œuvre, à tel point que l’on s’interroge sur la disparition prochaine des EUA comme acteur dominant du nouvel ordre mondial qui se profile. La Chine – et la Russie dans une moindre mesure – profite déjà de cette occasion inespérée de remplir le vide ainsi laissé. D’autant qu’elle a une contre-offre à offrir aux peuples des pays émergents: celui de la réussite de son capitalisme autoritaire.

La parenthèse Trump

Les théoriciens du déclin américain risquent pourtant une nouvelle fois de déchanter. Tout indique – l’économie, l’éducation, le militaire, la géographie, la démographie – que les EUA resteront la grande puissance du XXIe siècle. Malgré les tempêtes politiques, ce pays reste le laboratoire de l’innovation qui transforme nos vies pour le meilleur et pour le pire. Souvenez-vous des EUA en ruine, endettés, enlisés et sans boussole après la présidence Bush. Huit ans plus tard, Obama remettait les clés d’une maison qui s’était spectaculairement redressée au terme de ses deux mandats.

De même qu’il est probable que les Etats-Unis des successeurs de Barack Obama refermeront d’ici sept ans au plus tard la parenthèse qui aura été ouverte par l’Amérique de Donald Trump. Car l’ancienne domination de l’homme blanc touche à sa fin pour des raisons démographiques et sociétales, en témoigne le mouvement #MeToo. Cette transformation-là va provoquer encore bien des remous et continuer de diviser le pays. Mais elle est inéluctable.