Editorial

Le dialogue né du chaos

Le chaos comme raison du dialogue. Washington est prêt à coopérer avec l’Iran, un pays que George W. Bush plaça sur l’«Axe du mal». But: contenir le cancer du fondamentalisme qui ravage l’Irak abandonné par les GI en décembre 2011.

L’administration démocrate, appuyée cette fois-ci de manière inhabituelle par des républicains généralement hostiles à Téhéran, atteste ainsi de l’urgence sécuritaire que représente la possible désintégration de l’Irak. Elle entérine le rôle de puissance régionale de la République islamique, bien que celle-ci ait une armée et une économie faibles. Elle reconnaît aussi que l’Iran peut être un acteur rationnel.

Du côté de Téhéran, qui revendique un traitement juste de l’Occident lors des négociations sur son programme nucléaire, l’attitude de la Maison-Blanche compte. C’est un possible tournant.

La volonté apparente de collaboration irano-américaine en Irak résulte d’un constat dressé aussi bien à Washington qu’à Téhéran. Pour les Américains, l’implosion de l’Irak démontre leur incapacité à faire du «nation-building». Elle révèle aussi les travers de l’administration Bush, qui a insisté sur la débaassification (purges sunnites) du régime de Saddam Hussein, sapant les fondements d’un Etat viable et favorisant l’avènement d’un gouvernement chiite revanchard. Pour les Iraniens, leur marionnette, le premier ministre Nouri al-Maliki, fut utile. Mais elle dessert désormais les intérêts de Téhéran, qui n’est pas immunisé contre la menace djihadiste. Ce n’est pas un hasard si Téhéran ne semble pas s’opposer à l’appel lancé par Washington à Bagdad à créer un gouvernement d’union nationale.

Par réalisme, Barack Obama a jugé pertinent de parler aux Iraniens pour résoudre la question du nucléaire au lieu de lâcher des bombes sur Natanz ou Fordo. Ce dialogue pourrait lui être précieux. Par pragmatisme, Hassan Rohani estime qu’il faut traiter avec l’Occident pour extraire l’économie iranienne du marasme provoqué par les sanctions. Une telle collaboration n’est pas sans danger pour l’Amérique, qui pourrait donner l’impression d’avoir choisi son camp (chiite). Mais si elle devait se développer, elle pourrait être utile pour résoudre une autre tragédie: la Syrie.