Editorial

Nouvel ordre mondial

L’Amérique est en passe de devenir le plus grand producteur mondial d’or noir grâce à une révolution: le pétrole et le gaz de schiste. Elle a déjà dépassé la Russie comme plus important producteur de gaz naturel de la planète. Parallèlement, après avoir marqué le pas face à la Chine en matière d’investissements verts, elle prend sa revanche avec un essor formidable de l’énergie éolienne et un secteur solaire à l’aube d’un nouveau boom.

L’embellie est telle que, à Washington, certains rêvent d’indépendance énergétique. En comparaison, la Chine, anxieuse de répondre au plan interne à la demande croissante d’énergie, investit des milliards au Soudan, en Angola ou en Irak pour s’assurer un approvisionnement constant en hydrocarbures.

Cette nouvelle donne aura des répercussions géopolitiques. Elle risque de renforcer ce que certains appellent déjà le désengagement américain du Moyen-Orient et d’inciter les Etats-Unis à renoncer au pétrole saoudien. Elle pourrait aussi contraindre la Chine à assumer davantage son rôle de puissance dans la région en défendant, à la place des Américains, le libre transit du pétrole par le détroit d’Ormuz.

La présente révolution énergétique révèle une Amérique avide d’entreprendre, capable de se réinventer sans cesse et animée par une foi inébranlable dans la technologie. Mais elle comporte aussi des dangers. Une baisse brutale et durable du prix du pétrole mettrait fin rapidement à l’onéreuse fracturation hydraulique. La perspective d’énormes profits à court terme relègue les questions environnementales au second plan. Des cas de contamination de l’eau existent, et le problème des fuites de méthane, puissant gaz à effet de serre, demeure.

L’instauration d’une taxe sur le CO 2 ou d’une bourse de carbone que le Congrès a refusée au président Barack Obama aurait le mérite de faire du gaz naturel non pas une solution à long terme, mais une simple énergie de transition. Elle renforcerait la tendance à la décarbonisation de l’énergie et rendrait les énergies renouvelables encore plus compétitives. Car, ne l’oublions pas, l’Amérique ingurgite chaque jour 18,9 millions de barils de pétrole.