Editorial

Etats-Unis-Russie, l’urgence d’un dialogue

Donald Trump subit aujourd’hui de très fortes pressions pour abandonner son projet de rapprochement avec Moscou. Une dérive dangereuse

L’incertitude s’aggrave sur l’un des fronts les plus brûlants de notre époque. Le nouveau président des Etats-Unis, Donald Trump, avait affiché pendant sa campagne électorale une ferme volonté d’améliorer les relations de son pays avec la Russie. Or, il subit aujourd’hui de très fortes pressions pour abandonner son projet, comme en ont témoigné cette semaine deux coups de théâtre: la démission, lundi, de son conseiller à la sécurité nationale Michael Flynn, jugé trop accommodant avec le Kremlin; et la déclaration, mardi, de son porte-parole Sean Spicer sur la nécessité d’un retour de la Crimée dans le giron ukrainien.

Les changements de gouvernement représentent aux Etats-Unis comme ailleurs des occasions précieuses de débloquer des situations. Le prédécesseur de Donald Trump, Barack Obama, avait lui-même essayé de profiter de son arrivée au pouvoir, il y a huit ans, pour «remettre à plat» certains dossiers, dont – déjà! – l’imbroglio russe. Sa tentative avait malheureusement buté sur une contradiction: Washington prétendait encore étendre son influence en Europe de l’Est, alors que Moscou avait retrouvé des ambitions de grande puissance, dont celle de se réserver un pré carré dans la région.

L’Ukraine a été pour son malheur le théâtre principal de cette opposition. Le Kremlin a été outré de voir l’administration américaine empiéter sur une terre aussi proche géographiquement et historiquement de la Russie. L’administration américaine a été secouée par la résistance du Kremlin, qui a réagi en annexant la Crimée et en soutenant une guerre dans le Donbass.

Cet antagonisme sur l’Ukraine est à l’origine de l’extrême tension qui règne actuellement entre les deux pays. Mais il ne paraît pas irrémédiable. Il n’est pas de ceux que les idéologies de deux régimes ou les aspirations profondes de deux Etats rendent définitifs. Et à ce titre, il peut être résolu par un retour au dialogue, pour autant qu’un minimum de bonne volonté et de courage anime les deux parties.

Il n’est pas question ici de morale ni de droit mais de la reconnaissance d’un rapport de force. La Russie n’est plus le géant à genou dont elle a donné le spectacle dans les années 1990, suite à l’effondrement de l’Union soviétique. Elle est redevenue un Etat puissant, avec lequel il faut composer. On peut applaudir à cette résurrection. On peut la regretter ou même s’en inquiéter. On ne peut pas l’ignorer.

Il ne s’agit pas pour le camp américain de laisser le champ libre à Moscou. Il s’agit de donner à la partie en cours des règles à la fois claires et réalistes. La première d’entre elles devrait être de distinguer sans ambiguïté l’espace actuel de l’OTAN, à défendre absolument, et les territoires situés plus à l’est, où une grande prudence présiderait à toute intervention. Un tel partage ne représente de loin pas un idéal. Mais son absence est pire, puisqu’elle ouvre la voie à d’autres malentendus et à d’autres dérapages «à l’ukrainienne», soit au cauchemar d’autres guerres.

Il est urgent d’y parvenir. Il serait criminel de laisser échapper l’occasion actuelle.


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