Chaque pays, chaque ville, chaque communauté véhicule à sa manière sur les réseaux sociaux la solidarité qui naît après un ou ici des attentats meurtriers. Sous quel signe de ralliement allait-on fédérer la stupéfaction des attentats de Bruxelles?

Sur Twitter, pas de dentelle, un hashtag modulé selon sa langue maternelle #Bruxelles #brussels #bruselas #brysel et, en Turquie, #brüksel. Sur la carte de Trendsmap, c’est une noria de ces déclinaisons linguistiques qui endeuillent le territoire européen. Faisant comme un écho aux premières déclarations du président Hollande: «Le terrorisme a frappé la Belgique, mais c’est l’Europe qui est visée et c’est le monde qui est concerné».

Et puis, sur un coin des statistiques, cet autre hashtag qui apparaît comme un rituel presque fatigué: #jesuisbruxelles. Ce qui donne au dessinateur algérien Dilem l’occasion de ce dessin publié sur le site de TV5Monde:

«Je suis Mali, Je suis Ankara, Je suis Ouaga, Je suis Beyrouth, Je suis Kenya» et aujourd’hui, «Je suis Bruxelles»: la litanie ne semble pas devoir finir. Comme ne semble jamais plus être au chômage le gimmick né à Paris, «Je suis Charlie».

Mais la Belgique est aussi, comme le font rapidement remarquer sur les réseaux, le pays de la bande dessinée et de l’humour parfois iconoclaste et grinçant. En témoignent donc immédiatement ces dessins qui sont tweetés et retweetés en boucle comme celui de Geluck:

Ces références à Tintin:

Ces bidonnages stridents:

Le monde et donc «Bruxelles», dans l’émotion, dans l’humour, dans le décalage ironique qui est l’humour de la tragédie. Le monde est-il «Tintin» pour autant? Car en matière d’icônes, le glissement semble s’imposer. Maître Eolas, l’illustre avocat masqué de Twitter ose le panonceau:

Il y en a un qui toussote méchamment, rapport au passé d’Hergé et qui suggère qu’on pourrait trouver un autre symbole. Mais Tintin remue des enfants aux arrière-grands-parents. Et bien des dessinateurs aussi, comme Sfar qui poste cette interprétation:

Un Joann Sfar qui pense aussi au Manneken-Pis:

On pourra, comme cela, égrener à l’infini la timeline de Twitter, montrer Plantu (que Manuel Valls a immédiatement retweeté).

Mais, parmi cette abondance des hommages, concentrons-nous sur ce détournement qui nous rappelle enfin que, réseaux sociaux ou presse, c’est toujours dans ces circonstances tragiques qu’homo sapiens exprime le propre de l’humanité: vouloir savoir, vouloir lire, vouloir voir et comprendre. Vouloir, en un mot: participer à la souffrance d’autrui:

Et dans ces cas-là, Bruxelles ou Tintin, peut importe: c’est la compassion qui domine: