Les Etats-Unis présentent leurs excuses à Kadhafi pour avoir ironisé sur l’appel au djihad que le leader libyen a lancé contre la Suisse. Le message n’a certes pas été transmis par Barack Obama ou Hillary Clinton, mais par un porte-parole. Il crée néanmoins un malaise accentué par les médias arabes, qui ont tôt fait de récupérer l’histoire. La perception du «geste» américain, même si elle tronque une partie de la réalité, est celle d’une superpuissance démocratique qui se met à genoux devant un chef d’Etat imprévisible appelant à la guerre sainte.

Les excuses des Etats-Unis ont une explication économique et politique. Les propos ironiques du porte-parole de l’administration américaine ont passé en boucle sur des télévisions de pays musulmans. Washington craint dès lors d’être confronté à une affaire similaire à celle des caricatures de Mahomet. Le mea culpa américain minimise cependant les déclarations belliqueuses du colonel Kadhafi. Ce dernier ne jouit peut-être pas d’une grande crédibilité. Mais dans un monde où les sensibilités religieuses sont à fleur de peau et où l’aliénation de certaines franges de la population par la guerre et la pauvreté pousse des individus à l’issue extrême du terrorisme, son appel au djihad doit être condamné avec la plus grande fermeté.

L’ambiguïté des excuses de Washington montre la difficulté croissante qu’éprouve l’Occident à parler au monde musulman. Elle révèle une tendance inquiétante à l’autocensure. Mais pacifier les relations entre Occident et islam, c’est aussi oser la fermeté ciblée quand elle s’impose. C’est surtout éviter de tomber dans le manichéisme de l’«Axe du mal» et du choc des civilisations. En privilégiant à tout prix la relation bilatérale avec Tripoli, l’administration Obama prête malheureusement le flanc à ceux qui pensent que le dialogue est l’arme des faibles.

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